Sangre y sol en Calasparra

calaspara Seis de la tarde en Calasparra, le soleil tombe comme du plomb en fusion dans les rues et  sur les arènes qui s’emplissent de rumeurs. Le jour n’est pas au riz ni aux olives, aujourd’hui dans la plaza de toros, il faut que la bête meure pour honorer le village et sa patronne ; Nuestra Señora de la Esperanza

Dans les ruelles gorgées de soleil, près de la place, flotte un parfum de sucres, de churros, d’embutidos et de piments mêlés.

Tout est prêt pour le grand rendez-vous de l’homme et du toro. Le combat de l’ombre et de la lumière, le combat du jour contre les ténèbres, le combat de la raison contre la brutalité, de la vie contre la mort. Aujourd’hui, tout se déclinera pas trois :  Trois matadors aidés de trois banderilleros unis dans  un combat divisé en trois temps : tercio de piques, des banderilles, de muerte.

Chaque banderillero  devra poser trois paires de banderilles. La  piste de mort est formée de trois cercles : le centre, los medios, et les tablas.

L’arène reçoit trois niveaux de lumière : le soleil, l’ombre et l’ombre et soleil et s’étage sur trois niveaux sur le plan horizontal : barreras et contra-barreras, tendidos et gradas.

Aujourd’hui, trois toreros se partagent l’affiche pour affronter des Miura : El Juli, Finito de Cordoba et Alfonso Romero. Aujourd’hui, six toros effarouchés attribués par le  sorteo aux trois matadors attendent dans le noir le coup de pique dans le dos qui les fera se ruer par la porte des chiqueros vers la lumière de la mort.

el-juliAujourd’hui la lumière est partout, par ses piques et par ses ombres.

Aujourd’hui, la lumière est dans les yeux des plus pauvre du Sol qui plissent les paupières pour s’en protéger tandis que les plus aisés sont installés dans le confort de la sombra. Ici, tout se divise en trois, même le partage des richesses entre ceux qui en ont et ceux qui ont trop peu. Les autres font sacrifice de faire semblant d’avoir.

Aujourd’hui, le torero s’emploiera à placer le toro face au soleil, pour l’éblouir, mais aussi aussi pour que les plus riches le voient  torer de face alors que les autre ne verront que son dos. Ainsi va le combat de l’ombre et de la lumière, de la vie et de la survie.

Les gradins du coté sol bruissent d’une foule agitée et chamarrée, armée d’éventails et de neveras rellenadas colmado por salchichas, por chorizos y por cervezas. On s’agite, on se lève, on s’assoit, on se reconnait, on chahute, on s’interpelle, on se cherche, on  s’invective, on se menace en attendant que le président agite le mouchoir blanc qui ouvrira le paseo.

Le mouchoir blanc s’est agité, la paseo passe, les alguaziles défilent, les peones, les picadores, les monosabios, les areneros et le train d’arrastre défilent à leur tour. Vient l’heure du combat, des cris,des bruits, des passes et des maux. Le premier taureau combat vaillament, mais Finito le terrasse sans gloire.

Dans la tribune du sol, un aficionado indélicat rote sa bière en fumant le cigare, enfumant tout son voisinage. Une femme s’en plaint, il la rabroue et la ramène à son rang de femme, un autre s’interpose pour lui rappeler les convenances, le débat s’envenime mais le second toro vient de surgir vers la lumière.

finitoLe ballet de la mort déploie ses ailes, le tercio de pique coule comme une source, l’homme et le taureau ne font plus qu’un dans une Veronica magistrale ponctuée quelques souffles plus tard d’une sublime Mariposa. Le picador pique trop fort et trop longtemps, le toro vacille et faiblit,  la puya le meurtrit, la foule  hue le picador qui en a entendues d’autres et le chasse comme un marchand du temple étranger sur l’étal des sacrifices.

Un péon avance dans l’arène banderilles à la main, mais la foule hurle, le repousse, le chasse à grand renfort de sifflets. « Fuera! » . On ne veut pas de lui, on veut El Juli!

La foule retient son souffle, l’aficionado indélicat suspend ses rôts. El Juli plante ses trois paires de banderilles et la course continue.

Et voila la la faena, le temps où la mort s’installe doucement sur le sable des arènes. El Juli danse avec la mort qui va venir, le toro fleure la muleta, une paso de pecha, un derechazo, un molinete et una manoletina…Le toro fatigue mais combat, il périra, il doit périr, mais il ne le fera pas sans lutter.

Voila le temps de l’estocade, El Juli la fait al volapié, le toro est immobile et l’attend, comme un loup acculé dans les brandes. Il se sait perdu dans ce ballet interminable.

L’espada plonge dans son cou, il n’y aura pas besoin du descabello, l’animal s’abat dans un souffle, sans bruit, comme un corps abandonné qui se pose sur le sable.

Vient un autre toro, un autre et une autre…L’ombre s’avance sur le sol comme la brume dans la tête des aficionados enivrés de cerveza et  de sang frais.

Les bruits s’étouffent peu à peu, la place s’apaise, il est temps  d’aller s’assoir devant una buena cerveza. Face à moi, une affiche annonce la prochaine corrida ; demain, tout recommencera.

 

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