Les dépanneurs de Montréal

depanneur1 Jusqu’à la fin des années 1990, il était interdit aux supermarchés du Québec -ici appelés épiceries- de vendre des bières ou de l’alcool.

Ce privilège était réservé à la société des alcools du Québec et aux « dépanneurs. »

Mais les grandes surfaces n’aiment pas que les petits commerces grignotent leurs espaces; elles ont depuis obtenu le droit de vendre toutes sortes d’alcools, et les dépanneurs ont peu à peu vu leur clientèle diminuer.

Dan le même temps, les clients ont pris l’habitude de fréquenter les lieux les plus peuplés. Paradoxe d’un monde qui vend tout et son contraire dans des sociétés où l’autre devient menace,  les gens se collent comme des mouches au ruban trompeur de la consommation.

Il a fallu s’adapter, se mettre au service de la clientèle tous les jours et en continu. Les petites échoppes des angles de rues éclairent tard dans la nuit les carrefours des quartiers populaires, veilleurs d’humanité dans un monde qui s’enferme ; réverbères allumés sur l’ombre furtive des couche tard et des oiseaux de nuit.

depanneur2En poussant les portes quelque peu bringuebalantes de ces petites boutiques, on entre de plein pied dans un monde qui porte les marques d’un passé révolu, à moins qu’il dessine les contours d’un monde en devenir.

Ici, l’espace est judicieusement utilisé on trouve pèle même sur des rayons surchargés des produits alimentaires, du lait, du chocolat, des chips, des lessives, des bonbons et des allumettes.

Des vitrines réfrigérées regorgent de bouteilles de bière que les micro brasseurs du Québec parent d’étiquettes aux noms les plus improbables : Belle gueule, Coup de grisou, Vallée de la mort, Éphémère, Titanic, Folie douce, Boréale…

Ici, les parfums se mêlent dans un curieux mélange d’autrefois, quelques fruits et légumes trônent parfois sur des rayons de fortune.

depanneur3Certaines de ces boutiques proposent des plats cuisinés, et les épices d’orient prennent alors  le pas sur les parfums des lessives en poudre.

Ici le temps prend son temps, c’est dans la nature des asiatiques qui tiennent ces boutiques.

Derrière les comptoir, des dessins d’enfants affichés sur les portes qui abritent les tabacs rappellent que, si fumer tue,  ces lieux de dépannage sont aussi des lieux de vie.

Tout est à sa place, sa juste place.

 

 

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