Les deux qui voulaient désécrire une histoire d’amour

deuxi_viIls se disent  aujourd’hui que ça ne pourrait pas durer ; ou plutôt ils se taisent qu’ils n’arriveront jamais à s’aimer parce qu’ils ont  trop de raisons de le faire, alors ils savent sans se dire qu’il reste  beaucoup de chemin à défaire, qu’il est  maintenant  temps de le faire à l’envers.

Ils disent  qu’ils vont  prendre les mots par le mauvais coté, celui de la chute, celui qui finit l’histoire, jute placé avant le point final : remonter tous ces mots pour démonter le sens qu’ils donnaient à leurs émotions, leurs dits, leurs vus, leurs sentiments.

Ils taisent qu’ils ne serviront pas des points pour se battre entre eux, les deux points, c’est pour ouvrir une histoire, mais on peut aussi l’utiliser pour la fermer.  Un point c’est tout, tout ce qu’ils veulent faire à un moment donné de  l’histoire, ou plutôt un moment repris puisque l’histoire remonte vers l’envers, l’envers des mots, l’envers des corps, l’envers du décor. Pour eux, un point c’est rien.

Ils voient maintenant toutes ses choses qu’il  leur restent à ne plus faire ensemble. Ils se disent qu’ils auront  tout le temps pour défiler l’histoire vers la source de l’orient, celle qui coule entre les roches et tiédit à leur chaleur quand le soleil les plombe de rayons.

ils ne pensent plus à tout ce qu’il leur reste d’eux à ne pas découvrir, de choses à ne pas faire, de longs mois sans émois, de longues nuits à éteindre l’envie qui monte le long des draps du  lit de ceux qui se manquent.

Ils se disent que dans cette grande ville, ils vont devoir maintenant se rencontrer sans se vouloir, se croiser sans se désirer, s’aimer sans que leurs corps se mêlent et s’emmêlent jusqu’à dire qu’ils s’appartiennent pour un temps.

Il se dit que les étoiles sont faites pour mourir, qu’elles ne peuvent pas briller éternellement, que leur lumière part de trop loin et que la sienne est trop vielle et ne rayonne plus assez, que les étoiles sont des mirages, des illusions qui font constellation pour construire des groupes de mots qui s’affaissent et se fanent comme des fleurs de carotte quand l’amour perd la moitié de sa nature.

Elle se dit qu’elle peut pas aimer parce que ça fait du mal, parce que l’amour ça passe pas par les gens, pas par les corps, que ça passe par les esprits et que les esprits se rencontrent dans des lieux qui n’existent que dans les têtes des gens, que d’être amants, ce n’est pas s’aimer et que l’amour ça fait mal à la tête.

 On les entend ne rien se dire . Il veut l’aimer pour l’aimer, elle veut qu’il l’aime sans l’aimer. A les voir perdus sur cette grande place qui avale leur amour, on sent qu’ils sont en train de ne  rien se promettre, d’opposer des contraires pour les mettre en contraintes, de rhabiller leurs corps pour éteindre en eux le désir de l’autre.

Ils ne se disent pas  qu’ils en aimeront d’autres, qu’ils les aiment déjà. Ils ne se disent pas les mots de ceux qui décalent un rendez-vous ; juste des mots pour dire que l’amour c’était pas ça, c’était autre choses qu’ils ont pas su construire, quelque chose qu’il n’a pas su voir, quelque chose qu’elle n’a pas du vouloir.

Ils vont maintenant devoir apprendre à s’aimer autrement, inventer un autre amour pour durer. La place est là, trop grande pour eux,  et le temps passe ; eux  attendent sans trop le vouloir que d’autres prennent leur place.

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