Vingt-trois heures et des poussières

septembre 12, 2017 11:12

Il est 23 heures à des poussières près à Agadir.

Ici tout est poussière, poussière des jours, poussière du temps, poussière de vie.

Quinze secondes sur le sablier du temps, quinze secondes à l’échelle d’une journée inachevée. Implacable kairos qui ouvre une faille béante dans le chronos de la kasbah endormie.

Le mauvais temps, le mauvais jour. Une poussière de jour, un jour que l’homme a fabriqué dans son souci de minutie, un jour qui n’existe que tous les quatre ans, un 29 février….

Le temps du jeune, le temps du Ramadan, les familles sont réunies pour le repas du soir, les enfants dorment. Les chiens ont hurlé à la mort toute la soirée, puis ont quitté les abords des maisons, et le matin, vers 11h45, une secousse avait été ressentie mais n’avait pas alarmé outre mesure. En ce soir de piété, les habitants de la Kasbah n’ont pas fait cas de ces signes avant coureurs.

Quinze secondes, une faille béante déchire la terre, la ville est engloutie.

Sur le linteau de la porte principale de la Kasbah, une inscription en Hollandais et en arabe : « Crains Dieu et honore le Roi » . Les remparts de la Kasbah sont solides et conçus pour résister aux assauts des portugais, la kasbah a été fortifiée pour se défendre des ennemis ; pas des colères de la terre.

C’est un soir de confiance, un soir de prière et de fidélité,  mais ce soir Dieu et le roi n’ont pas eu le temps de réagir.

Ce soir, douze mille personnes vivent leur dernier soir ; les lumières du port s’éteignent brusquement, les immeubles s’effondrent. la kasbah est rayée de la carte, Agadir est à terre.

En bas, la ville s’effondre dans un fracas épouvantable, les hôtels de luxe ensevelissent leurs clients sous des amas de fer et de béton. Un prêtre épargné par la chute des gravats erre en priant à haute voix, les bras en croix comme pour demander au ciel de reculer le temps de quelques minutes.

Des femmes hurlent, des enfants pleurent, les blessés appellent à l’aide et implorent dieu de les secourir.

Il n’y a pas de secours, l’hôpital s’est effondré ensevelissant les malades qu’il abritait. Tout n’est que ruines est deuil.

Des soldats courent au hasard des gémissements, avec des pelles et des leviers improvisés pour fouiller les décombres.

Toute la ville est par terre, à l’exception du cinéma Salam, le « cinéma de la paix » qui a résisté aux secousses et qui, aujourd’hui encore, grâce à la mobilisation des habitants résiste aux promoteurs.

Aujourd’hui, la kasbah ville morte  est un cimeterre à ciel ouvert. Seuls les serpents et les scorpions peuvent fouler ces sépultures anonyme.

Ça et là, des tôles, des murailles effondrées des puits asséchés et quelques escaliers qui s’engouffrent  nulle part rappellent aux visiteurs que ce 29 février 1960 à 23 heures 40 et 15 secondes, un séisme de moyenne magnitude (5,9) allait rayer de la carte une ville, anéantir un tiers de sa population- soit près de 15 000 morts, mais certaines sources en évoquent 30 000- et blesser 25 000 personnes.

Les habitants d’Agadir étaient juste  mauvais endroit au mauvais moment : sur l’épicentre du séisme.

 

 

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