La femme de l’autre jour

J’ai vu cette femme, l’autre jour ; mais de là à savoir quel jour….Peut-être un vendredi si j’en juge à son regard perdu dans la fatigue d’un temps beaucoup trop lourd pour elle.

Une femme comme on en rencontre quelques fois, sans vraiment les voir au moment de les voir.

Une femme qui se perd dans l’illusion d’une rencontre qui n’en est pas tout à fait une, elle passe tout simplement, comme celle de la Grand place, ou plutôt comme cette femme automate qui erre sur la place de Santiago de Compostella ou encore comme celle qui fait les cent pas dans la rue de Louvain.

Une femme comme une autre, pour autant que deux femmes puissent se ressembler quand elles perdent leurs repères et souffrent de mille mots.

Oui c’est ça, tout à fait ça. La femme de l’autre jour ne s’y retrouve plus, elle est juste là sans trop savoir pourquoi, figée, immobile, perdue dans un brouillard qui la dépasse.

Elle ressemble à ces femmes que l’on voyait il y a longtemps orner les timbres postes, du temps où les gens prenaient un peu de temps pour s’écrire et engageaient quelques centimes pour faire voyager les mots.

Mais aujourd’hui les mots sont des armes qui voyagent avec la lumière, se moquent des frontières et  tuent avant même qu’on ait le temps de les lire.

Les mots se mélangent dans les nuages comme autant de gouttes de pluie qui ne font plus rien pousser et emportent tout sur leur passage.

Le parler vrai
La solidarité
La juste valeur des choses
La justice
La fraternité
Les piliers de la république

Des mots fracassés dont les éclats embrument le regard de la femme qui se souvient des timbres poste d’autrefois.

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