{"id":1176,"date":"2014-04-14T19:18:07","date_gmt":"2014-04-14T18:18:07","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/var\/www\/vhosts\/vivreetecrire.frhttpdocs\/wp\/wordpress\/?p=1176"},"modified":"2025-07-18T10:31:25","modified_gmt":"2025-07-18T09:31:25","slug":"les-nattes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=1176","title":{"rendered":"Un soir sur la Grand Place"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/vivreetecrire.fr\/images\/nattes.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1177 alignleft\" style=\"margin: 2px;\" title=\"Les nattes. Tableau de Sabine Salvi\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/nattes_vi.jpg\" alt=\"nattes_vi\" width=\"189\" height=\"238\" \/><\/a>C&rsquo;est le soir, juste le soir, rien que le soir. Bient\u00f4t la nuit va border le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 regarder tous ces gens qui errent t\u00eate en l&rsquo;air pour se dire que les humains sont bien singuliers ; il suffit qu&rsquo;un passant du moment l\u00e8ve les yeux pour que, tels des aveugles de Baudelaire, les autres regardent sans le voir\u00a0 ce que lui m\u00eame ne voit pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est comme \u00e7a, c&rsquo;est dans l&rsquo;ordre des choses ; on regarde vers le haut parce que ce soir sur la grand place tout le monde l\u00e8ve la t\u00eate, sans savoir pourquoi.<br \/>\nTout le monde ou presque<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more-->Elle se fiche du haut et des cieux improbables, elle regarde loin devant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et d\u2019ailleurs dire qu&rsquo;elle regarde, c&rsquo;est vite dit. Cette femme l\u00e0 ne regarde pas, elle fixe quelque chose, n&rsquo;importe quoi, droit devant elle, sans voir, sans savoir, juste pour \u00eatre l\u00e0 sans tout \u00e0 fait y \u00eatre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette femme l\u00e0, personne la voit, \u00e0 se demander si elle est l\u00e0,\u00a0 papillon de nuit perdu dans les ombres des gens qui vont et viennent sur la place du temps qui passe et qui les lasse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et s&rsquo;ils ne cherchaient rien?\u00a0 S&rsquo;ils se contentaient d&rsquo;\u00eatre l\u00e0 en se disant qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;autre bout de la place il se passera quelque chose, n&rsquo;importe quoi, un coup de t\u00e9l\u00e9phone de Michel, une lettre de Carolina, un cri, une touriste\u00a0 qui se tord la cheville, des pompiers qui flaques fouillent dans le fin fond du paradis du chocolat sans qu&rsquo;on sache vraiment ce qu&rsquo;ils font l\u00e0, mais on regarde, on attend.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ne les a pas vus, elle regarde droit devant, elle n&rsquo;a personne \u00e0 voir puisqu&rsquo;elle vit ailleurs, dans les r\u00eaves des autres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/place.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2686\" title=\"La grand place\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/place-300x202.jpg\" alt=\"place\" width=\"257\" height=\"173\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/place-300x202.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/place-768x516.jpg 768w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/place.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 257px) 100vw, 257px\" \/><\/a>Il y a cet aveugle qui\u00a0 traine une valise \u00e0 roulettes en tenant\u00a0 devant lui sa canne m\u00e9tronome qui effleure les pav\u00e9s de la rue des bouchers.\u00a0 Le passager des nuits sans fin zigzague entre les \u00e9cueils de la rue pour faire moins de bruit. Ce soir, celui qui ne peut pas voir ce qu&rsquo;il entend\u00a0 veut \u00e9pargner les sens de ceux qui voient sans entendre vraiment ce qu&rsquo;ils voient. Il passe, s&rsquo;efface, se fond dans la foule qui le perd tout naturellement de vue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle est toujours la dans la presqu&rsquo;ombre de l&rsquo;angle de la rue des bouchers et du march\u00e9 aux herbes. L&rsquo;obscurit\u00e9\u00a0 lui va bien depuis que le soleil lui fait mal \u00e0 la t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une femme s&rsquo;assoit sur une chaise, tout pr\u00e8s d&rsquo;elle,\u00a0 jeune comme une femme qui tourne le dos au monde. Elle\u00a0 \u00e9tire machinalement sa\u00a0 jolie robe\u00a0 \u00e0 fleurs avant de se poser dessus pour ne pas la froisser. La voila maintenant femme contrebasse, femme buste dont on devine les jambes nues a travers les barreaux de la chaise qui la lie \u00e0 la terre. La voila femme assise face \u00e0 la femme perch\u00e9e dans la t\u00eate d&rsquo;un homme qui s&rsquo;ennuie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elles ne se voient pas. Telle la chatte de Baudelaire, la femme d&rsquo;avant regarde loin devant et son regard se perd sur les pav\u00e9s qui mal assurent\u00a0 le pas des passants indiff\u00e9rents.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/leon.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2687\" title=\"l'angle de la rue des bouchers\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/leon-300x230.jpg\" alt=\"leon\" width=\"231\" height=\"177\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/leon-300x230.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/leon-768x589.jpg 768w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/04\/leon.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 231px) 100vw, 231px\" \/><\/a>Il y a cette autre femme aux bas noirs qui tressaute son corps sur les pav\u00e9s du soir. Ses jambes compas qui arpentent le temps, s&rsquo;ouvrent et se ferment en agitant sous les yeux des badauds minotaures sa jupe rouge muleta.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elles ne se voient pas, ce soir personne n&rsquo;a besoin de voir personne, les gens vont et viennent, il ne se passe rien de plus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seule dans l&rsquo;ombre de l&rsquo;angle de la rue du march\u00e9, la femme avec des yeux f\u00e9lins regarde quelque chose qu&rsquo;elle\u00a0 seule peut voir . On ne la voit pas, on ne voit rien d&rsquo;elle, de son corps ni de ses seins.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Seuls papillonnent dans la nuit deux grands points verts de gris\u00a0qui percent l&rsquo;ombre de l&rsquo;ennui.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est le soir, juste le soir, rien que le soir. Bient\u00f4t la nuit va border le monde. il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 regarder tous ces gens qui errent t\u00eate en l&rsquo;air pour se dire que les humains sont bien singuliers ; il suffit qu&rsquo;un passant du moment l\u00e8ve les yeux pour que, tels des aveugles de &hellip; <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=1176\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[19],"tags":[],"class_list":["post-1176","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-parfums-de-femmes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1176","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1176"}],"version-history":[{"count":57,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1176\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5399,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1176\/revisions\/5399"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1176"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1176"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1176"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}