{"id":125,"date":"2013-02-23T19:26:46","date_gmt":"2013-02-23T18:26:46","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/var\/www\/vhosts\/vivreetecrire.frhttpdocs\/wp\/wordpress\/?p=125"},"modified":"2024-05-22T07:02:09","modified_gmt":"2024-05-22T06:02:09","slug":"seis-de-la-tarde-calle-del-gante","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=125","title":{"rendered":"Seis de la tarde calle del Gante"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: left;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-2301 alignleft\" title=\"Orene canta para el grupo FOTO: Roberto Armocida \/EL UNIVERSAL\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial1-300x200.jpg\" alt=\"010ciegos-especial1\" width=\"205\" height=\"136\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial1-300x200.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial1.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 205px) 100vw, 205px\" \/><\/a>Seis de la tarde, il est six heures du soir \u00e0 Mexico.<\/p>\n<p>Au bout de la calle del gante, tout pr\u00e8s de l&rsquo;avenida del 16 de setiembre, des passants s\u2019agglutinent autour d&rsquo;un groupe qui joue une musique des plus agr\u00e9ables.<\/p>\n<p>Fl\u00e2neur pour une ultime soir\u00e9e sur la terre de Frida Kahlo, avec en poche quelques pesos et deux heures \u00e0 tuer antes de comer una \u00faltima comida mexicana, je m&rsquo;approche tranquillement du lieu d&rsquo;o\u00f9 monte la musique.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a du monde sur les trottoirs et les bancs qui bordent la rue pi\u00e9tonne, et quelques couples dansent sous l\u2019\u0153il attendri des passants, jusque l\u00e0, tout est tout simple et banal comme un vendredi soir mexicain. Je ne vois encore pas les musiciens, mais suis tr\u00e8s vite entrain\u00e9 par leur musique, elle est belle, rythm\u00e9e, syncop\u00e9e&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La voix du chanteur et le contrechant de la choriste sont parfaitement accord\u00e9es. Je m&rsquo;approche pour voir les artisans de ce joli moment de musique. Ils sont six, leurs instruments sont us\u00e9s mais bien tenus, la grosse caisse de la batterie est perc\u00e9e et rafistol\u00e9e avec de l&rsquo;adh\u00e9sif d&#8217;emballage, mais le son est correct au milieu du brouhaha des passants et des ronflements des voitures toutes proches sur l&rsquo;avenida.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial3.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2304\" title=\"FOTO : Roberto Armocida \/EL UNIVERSAL\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial3-300x200.jpg\" alt=\" \" width=\"254\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial3-300x200.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial3.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 254px) 100vw, 254px\" \/><\/a>Me voila conquis, j&rsquo;\u00e9coute la musique latino qui sonne haut et clair dans cette rue en f\u00eate. Je regarde le batteur, il est si concentr\u00e9 sur son travail qu&rsquo;il en ferme les yeux, c&rsquo;est du moins ce que je crois car mon regard se d\u00e9place de musicienne en musiciens et je me rends compte qu&rsquo;ils ont tous les yeux ferm\u00e9s ; Ils sont aveugles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des couples tournent, dansent et ondulent au rythme de leur musique, des couples de tous ages, d&rsquo;\u00e9tranges \u00e9quipages qui se font et se d\u00e9font au fil des chansons de plus en plus vivantes. Il y a l\u00e0 un grand bonhomme, maigre comme un escogriffe tout droit sorti du grand Meaulnes qui danse avec une dame et fait virevolter sa jupe verte et noire de mamma mexicaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un vieux monsieur avec d&rsquo;\u00e9paisses lunettes fait danser une jeune femme en veste dor\u00e9e. Il y a la une femme qui rit aux \u00e9clats en donnant le pas \u00e0 un vieux monsieur trahi par ses jambes qui dansent comme elles peuvent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelque chose de grand vient de descendre sur cette petite place. Ce n&rsquo;est plus la calle del Gante mais la calle del gigante&#8230;On sent qu&rsquo;il va arriver quelque chose d&rsquo;unique, qu&rsquo;il faut ouvrir grand tous ses sens pour prendre \u00e0 plein bonheur ce moment inattendu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les musiciens jouent parfaitement, le ton est juste, le rythme soutenu. Ceux l\u00e0 n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;avoir des yeux pour \u00e9clabousser de joie de vivre autour d&rsquo;eux. Ils n&rsquo;ont pas d&rsquo;age, ou sont entre deux ages, qu&rsquo;importe : ils ne voient pas passer les ans, ils les sentent passer, tout simplement&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial2.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2305\" title=\"FOTO : Roberto Armocida \/EL UNIVERSAL\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial2-300x200.jpg\" alt=\"010ciegos-especial2\" width=\"254\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial2-300x200.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial2.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 254px) 100vw, 254px\" \/><\/a>De temps en temps, une jeune femme en veste et pantalon de jean arr\u00eate de danser avec un jeune homme \u00e0 casquette et leur porte \u00e0 boire, je la regarde et m&rsquo;aper\u00e7ois qu&rsquo;elle n&rsquo;a qu&rsquo;un \u0153il. Elle leur sert de canne blanche, leur pr\u00eate cet \u0153il qu&rsquo;elle pourra toujours fermer le jour o\u00f9 elle ne supportera plus le regard des autres. Elle danse bien, elle est \u00e9l\u00e9gante et bienveillante avec le jeune inconnu qui a un mal fou \u00e0 suivre le rythme mais rigole \u00e0 la cantonn\u00e9e pour dire \u00e0 tous son bonheur du moment. Les chansons se succ\u00e8dent, toutes belles, toutes parfaitement interpr\u00e9t\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Musicien, je suis \u00e9mu par une telle qualit\u00e9 de travail, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;ils changent d&rsquo;instrument \u00e0 chaque morceau, \u00e0 l&rsquo;exception de la percussionniste qui ma\u00eetrise parfaitement son instrument et ne le c\u00e8de \u00e0 personne. Je repense aux aveugles de Baudelaire qui gardent les yeux lev\u00e9s vers le ciel, ces quelques vers me viennent en t\u00eate <em>\u00ab\u00a0pareils aux mannequins vaguement ridicules&#8230;\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces aveugles l\u00e0 sont magnifiques, et n&rsquo;ont pas besoin d&rsquo;yeux pour illuminer la rue. Qu&rsquo;importe de voir les danseurs&#8230; ils entendent virevolter les robes et s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer les souffles, ils se contentent de donner du bonheur, tout naturellement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce bonheur donn\u00e9, c&rsquo;est leur fa\u00e7on \u00e0 eux de voir le monde, et ce monde l\u00e0 est beau comme un r\u00e9verb\u00e8re allum\u00e9 dans la profondeur de leur nuit. Entre deux morceaux, ils chuchotent entre eux le choix de leur prochaine chanson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial6.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2306\" title=\"FOTO : Roberto Armocida \/EL UNIVERSAL\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial6-300x200.jpg\" alt=\"010ciegos-especial6\" width=\"261\" height=\"174\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial6-300x200.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2013\/02\/010ciegos-especial6.jpg 730w\" sizes=\"auto, (max-width: 261px) 100vw, 261px\" \/><\/a>Soudain, la chanteuse \u00e9clate de rire, elle rit \u00e0 n&rsquo;en plus finir, \u00e0 n&rsquo;en plus pouvoir, elle rit dans le micro. Son rire sonne comme un espoir, comme la poulie du puits du petit prince, comme les sonnailles d&rsquo;un grand troupeau proven\u00e7al. Il coule comme la\u00a0 fontaine de Silo\u00eb, comme un ruisseau d&rsquo;avril qui r\u00e9veille les pierres engourdies par les longues nuits d&rsquo;hiver. Elle rit de bon c\u0153ur, aux \u00e9clats, sans savoir qu&rsquo;on la regarde rire, comme \u00e7a, pour le plaisir qu&rsquo;elle est en train de se faire \u00e0 chanter ici, pour la chanson \u00e0 venir, pour toutes les belles choses qu&rsquo;il lui reste \u00e0 entendre, les bons moments \u00e0 donner, la musique qui l\u2019enivre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je m&rsquo;\u00e9loigne du groupe, leur musique plein la t\u00eate. Je suis l\u00e9ger, je suis bien, je viens de vivre un pur moment de bonheur dans la calle del Gante ; je dois partir maintenant. Des moments aussi sublimes ne doivent pas durer pour garder toute leur saveur, ils doivent passer comme des ond\u00e9es qui apportent juste ce qu&rsquo;il faut de pluie pour sentir la fraicheur du pr\u00e9sent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ma t\u00eate d&rsquo;enfant r\u00e9sonne une chanson qu&rsquo;un vieux monsieur du Paven chantait autrefois quand il fauchait le pr\u00e9 : <em>\u00a0\u00bb je suis le vagabond, le marchand de bonheur<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0 Ce soir, calle del Gante, il n&rsquo;y avait pas besoin de pesos pour en acheter plus que de raison&#8230; Ahora, son las siete de la tarde en la calle del 16 setiembre, les gens vont et viennent, le rire de la chanteuse r\u00e9sonne encore dans ma t\u00eate comme le grelot d&rsquo;un cirque qui s&rsquo;\u00e9loigne doucement dans la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La caravane est partie sans moi, ce n&rsquo;\u00e9tait pas mon voyage, ce n&rsquo;est pas ma roulotte, c&rsquo;est leur vie et ils m&rsquo;en ont offert un petit bout avant de reprendre leur long chemin de passagers des ombres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Demain, il fera jour pour tout le monde.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Mexico, aout 2012<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Seis de la tarde, il est six heures du soir \u00e0 Mexico. 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