{"id":1433,"date":"2014-08-05T10:33:40","date_gmt":"2014-08-05T09:33:40","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/var\/www\/vhosts\/vivreetecrire.frhttpdocs\/wp\/wordpress\/?p=1433"},"modified":"2015-09-28T10:07:45","modified_gmt":"2015-09-28T09:07:45","slug":"passando-dal-garbatella","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=1433","title":{"rendered":"Passando dal garbatella"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/vivreetecrire.fr\/images\/garbatella.jpg\" target=\"_blank\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1434 size-full\" title=\"cliquez sur l'image pour l'agrandir\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/garbatella-small.jpg\" alt=\"garbatella-small\" width=\"250\" height=\"188\" \/><\/a> Une l\u00e9gende locale raconte que la <em>Garbatella\u00a0<\/em> devrait\u00a0 son nom \u00e0 un ancien bistro local que le patron fac\u00e9tieux avait appel\u00e9\u00a0 <em>gentille et belle.<\/em><\/p>\n<p>D&rsquo;autres pr\u00e9tendent que le quartier tirerait son nom d&rsquo;un c\u00e9page de vigne, l<em>a Garbata<\/em> , la vigne paresseuse qui poussait contre le tronc d&rsquo;un orme. Qu&rsquo;importe leur origine ; Les noms sont comme des cuv\u00e9es qui passent, ils s&rsquo;aigrissent ou se bonifient avec le temps et quand le vin est tir\u00e9, il faut le boire.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>De quoi faire perdre la boule aux touristes passionn\u00e9s d&rsquo;\u00e9thimologie qui se hasarderaient \u00e0 fr\u00e9quenter le quartier, mais ces collectionneurs d&rsquo;images ne s&rsquo;int\u00e9ressent pas \u00e0 la vie, ils se contentent de figer pour une \u00e9ternit\u00e9 al\u00e9atoire les ruines du pass\u00e9 qu&rsquo;ils stockent pour l&rsquo;avenir sur les pixels du temps qui se charge de nuages qui ne restitueront jamais leur contenu&#8230;<\/p>\n<p>Ici, les murs content l&rsquo;histoire mouvement\u00e9e des ann\u00e9es trente. Dans une Italie en proie au doute et accroch\u00e9e aux promesses mirobolantes du gouvernement de Mussolini, un quartier va fleurir et \u00e9clairer la ville, comme une lanterne allum\u00e9e sur les ruines des esp\u00e9rances d&rsquo;une classe ouvri\u00e8re abandonn\u00e9e par une bourgeoisie complaisante avec un r\u00e9gime qui flatte sans vergogne ses r\u00eaves de grandeur.<\/p>\n<p>A Rome comme ailleurs, Il arrive quelquefois que l&rsquo;histoire s\u2019abreuve aux sources\u00a0 de ses propres contradictions.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime fasciste nourrit de grands projets d&rsquo;am\u00e9nagement urbain et doit pour cela d\u00e9placer des populations\u00a0 du centre ville vers la p\u00e9riph\u00e9rie. Il s&rsquo;agit d&rsquo;\u00e9ventrer le c\u0153ur de Rome pour agrandir ses avenues et construire de toutes pi\u00e8ces un quartier moderne et attractif. Dans son obsession de glorifier la splendeur imp\u00e9rialiste, Mussolini veut appuyer sa l\u00e9gitimit\u00e9 sur une politique de grands travaux\u00a0 destin\u00e9s \u00e0 rendre \u00e0 Rome sa splendeur pass\u00e9e en cr\u00e9ant le nouveau quartier de l&rsquo;EUR appel\u00e9 \u00e0 accueillir l&rsquo;exposition universelle de 1941&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/jaune.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1458\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/jaune.jpg\" alt=\"jaune\" width=\"250\" height=\"188\" \/><\/a>Mais pour construire des villes, il faut des ouvriers. La plupart d&rsquo;entre eux viennent de r\u00e9gions rurales du Sud -des Pouilles et des Abruzes &#8211; et les autorit\u00e9s\u00a0 doivent\u00a0 loger ces familles nombreuses sans pour autant perdre de vue que des ouvriers m\u00e9contents sont autant de risques de fragilisation de\u00a0 l&rsquo;assise\u00a0 d&rsquo;un r\u00e9gime qui s&rsquo;appuie sur la confiance qu&rsquo;ils lui accordent&#8230;<\/p>\n<p>Pour concevoir le quartier de la Garbatella, les promoteurs d&rsquo;alors\u00a0 combinent deux mod\u00e8les issus de deux approches philosophiques assez contradictoires\u00a0 : le mod\u00e8le anglais <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cit%C3%A9-jardin\" target=\"_blank\">des villes jardins,<\/a> avec ses espaces a\u00e9r\u00e9s et ses jardins individuels cultiv\u00e9s et le mod\u00e8le\u00a0 <em>socialo-uthopique<\/em>\u00a0 des phalanst\u00e8res de <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Phalanst%C3%A8re\" target=\"_blank\">Charles Fourrier<\/a>.<\/p>\n<p>Autour de la petite place Michelle Da Carbonara, quatre de ces b\u00e2timents abritent 997 logements . On y trouve\u00a0 tous les services de nature \u00e0 garder la population ouvri\u00e8re sous contr\u00f4le : poste de police, dortoirs s\u00e9par\u00e9s hommes\/femmes, conciergerie &#8230; En principe, ces\u00a0 \u00ab alberghi \u00bb, ne sont que temporaires, les occupants devant \u00e0 terme trouver \u00e0 se loger dans de futures r\u00e9alisations&#8230;qui ne verront jamais le jour, la sp\u00e9culation immobili\u00e8re \u00e9tant pass\u00e9e par l\u00e0.<\/p>\n<p>Ces projets ont eu, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, une notori\u00e9t\u00e9 internationale importante, \u00e0 tel point que l\u2019Albergo Bianco, qui comprenait une maternit\u00e9 et une \u00e9cole, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=etW8WFe_Xu8\" target=\"_blank\">fut en 1932 visit\u00e9e par Gandhi<\/a> et Nicolas Ier de Russie. Ces b\u00e2timents\u00a0 ont par ailleurs \u00e9t\u00e9\u00a0 pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 la premi\u00e8re exposition d\u2019Architecture Rationnelle en 1928&#8230;.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/carbo.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1463\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/carbo.jpg\" alt=\"carbo\" width=\"250\" height=\"134\" \/><\/a>Le temps a lentement patin\u00e9 les couleurs des murs des quatre auberges, mais le quartier a gard\u00e9 son charme d&rsquo;autrefois. Aujourd&rsquo;hui, autour de la place du village urbain, les rideaux des petits commerces, tenus le plus souvent par des pakistanais, continuent de se lever tous les jours pour accueillir une population en qu\u00eate de chaleur humaine.<\/p>\n<p>La petite place ressemble \u00e0 une place de village, et les quatre b\u00e2timents portent fi\u00e8rement les traces de leur histoire.\u00a0 Des fresques dessin\u00e9es apr\u00e8s guerre rappellent \u00e7a et l\u00e0 que l&rsquo;amour et la fid\u00e9lit\u00e9 sont sources de r\u00e9compenses et donnent tout son sens \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>A quelques pas de la, sur la place Gereminia Bonomelli, vers la fa\u00e7ade nord de l&rsquo;Albergo Rossa,\u00a0 une caravane multicolore attire le regard des passants. On peut y lire l&rsquo;histoire d&rsquo;une vie, l&rsquo;histoire d&rsquo;une femme que la maladie a rattrap\u00e9e alors qu&rsquo;elle travaillait ici. La suite de l&rsquo;histoire coule comme un vaisseau qui prend l&rsquo;eau de toutes parts sur l&rsquo;oc\u00e9an du d\u00e9sespoir ; elle a perdu son emploi, puis son logement, puis sa dignit\u00e9. Elle vit ici, l\u00e9galement, dans le plus grand respects de ce lieu qui la supporte, et demande aux passants de respecter\u00a0 sa propri\u00e9t\u00e9, ou en tout cas ce qu&rsquo;il en reste.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/caravane.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1473\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/08\/caravane.jpg\" alt=\"caravane\" width=\"250\" height=\"188\" \/><\/a>Les habitants du quartier disent qu&rsquo;elle ne sort pas souvent, qu&rsquo;elle ne d\u00e9range pas, qu&rsquo;elle ne fait de mal \u00e0 personne et qu&rsquo;elle a toute sa place ici.<\/p>\n<p>Ce matin, la femme qui n&rsquo;a pas de nom est sortie de son abri, surgie de sa roulotte d&rsquo;infortune comme une boh\u00e9mienne sur la place d&rsquo;un village assoupi.<\/p>\n<p>Ses longs cheveux blonds nou\u00e9s par un ruban s&rsquo;\u00e9tirent sur son dos fatigu\u00e9, ses yeux couleur de nuit et sa peau hal\u00e9e trahissent une beaut\u00e9 pass\u00e9 que la maladie a confisqu\u00e9e pour la perdre \u00e0 jamais dans les tiroirs du temps. Ombre de ce qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9, elle marche dans la rue pour y vivre sa vie, ce qu&rsquo;il en reste, juste ce qu&rsquo;il en reste, juste ce qui lui reste \u00e0 vivre.<\/p>\n<p>Je la suis un moment sur le trottoir sans savoir o\u00f9 ses pas chaotiques vont la mener.<\/p>\n<p>Les petits jardins r\u00e9sonnent de rires d&rsquo;enfants et\u00a0 les tags fleurissent sur les rideaux des magasins ferm\u00e9s pour la dur\u00e9e du mois d&rsquo;aout, substituts\u00a0 moderne des revendications militantes que les ouvriers peignaient sur des fresques murales dans les ann\u00e9es de l&rsquo;apr\u00e8s guerre.<\/p>\n<p>Il fait bon vivre dans le quartier de plus en plus branch\u00e9 de\u00a0 la Garbatella. Ici, comme dans beaucoup de lieux porteurs des luttes des classes populaires,\u00a0 les bobos collectionneurs de nostalgies commencent \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser au quartier et viennent s&rsquo;y installer pour y revisiter l&rsquo;histoire en toute tranquillit\u00e9&#8230;.<\/p>\n<p>\u00c8 la vita.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une l\u00e9gende locale raconte que la Garbatella\u00a0 devrait\u00a0 son nom \u00e0 un ancien bistro local que le patron fac\u00e9tieux avait appel\u00e9\u00a0 gentille et belle. D&rsquo;autres pr\u00e9tendent que le quartier tirerait son nom d&rsquo;un c\u00e9page de vigne, la Garbata , la vigne paresseuse qui poussait contre le tronc d&rsquo;un orme. 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