{"id":1538,"date":"2015-03-28T21:03:02","date_gmt":"2015-03-28T20:03:02","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/var\/www\/vhosts\/vivreetecrire.frhttpdocs\/wp\/wordpress\/?p=1538"},"modified":"2026-01-08T09:45:30","modified_gmt":"2026-01-08T08:45:30","slug":"le-bout-du-chemin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=1538","title":{"rendered":"Un bout de chemin"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-1541 size-full\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/clapas.jpg\" alt=\"clapas\" width=\"250\" height=\"176\" \/>Un chemin, c&rsquo;est un un peu comme un conducteur de train. On ne le voit pas toujours mais sans lui on ne peut pas aller bien loin puisque c\u2019est lui qui nous y m\u00e8ne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un peu fa\u00e7on de parler, bien sur, mais quand m\u00eame c&rsquo;est important pour la suite. D&rsquo;ailleurs, le conducteur de train suit lui aussi son bonhomme de chemin sur le chemin de fer.<!--more--><\/p>\n<p>Un chemin \u00e7a peut aussi se m\u00e9langer aux gens pour faire comprendre les choses, un peu comme si \u00e7a les aidait \u00e0 retrouver leurs petits\u00a0 dans la rocaille des mots.<\/p>\n<p>Un chemin c&rsquo;est un voyage en soi, ou plut\u00f4t dans soi. C&rsquo;est tous les sens qui se d\u00e9placent, se succ\u00e8dent et se rencontrent ou se bousculent selon que le chemin les y invite. L&rsquo;homme qui marche voit les choses, les entend et les sent ; l&rsquo;homme qui s&rsquo;arr\u00eate un moment les regarde, les \u00e9coute, les savoure. C&rsquo;est le chemin qui veut \u00e7a ; les chemins ressemblent aux hommes, ils sont changeants, compliqu\u00e9s, lumineux, sombres ou capricieux.<\/p>\n<p>Il y a ceux qui ne passent pas par quatre chemins, il y a ceux qui m\u00e8nent \u00e0 Rome, ceux qui sont plein de grands bandits, ceux qui s&rsquo;ennuient en regardant la crois\u00e9e, ceux qui sont sur la table, ceux qui nous en font voir les pierres, ceux qui passent leur chemin et qu&rsquo;on ne veut pas voir, ceux qui se croisent, les mauvais que l&rsquo;on prend \u00e0 l&rsquo;envers, ceux qu&rsquo;on rebrousse, ceux qu&rsquo;on cherche, ceux qu&rsquo;on trouve.<\/p>\n<p>Il y a ceux qui n&rsquo;aiment pas la ville, ou plut\u00f4t ceux que la ville n&rsquo;aime pas, alors au carrefour des rendez-moi \u00e7a, elle leur colle du goudron et des plaques de b\u00e9ton sur le paletot\u00a0; mais \u00e7a c&rsquo;est autre chose. L\u00e0 <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=107\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ils changent de nom<\/a>, c&rsquo;est des voies, des boulevards, des avenues, des rocades, des venelles, des sentes, des ruelles et m\u00eame des impasses, les plus tristes de toutes, ces s\u0153urs abandonn\u00e9es des rues qui sentent la poussi\u00e8re de la nuit et m\u00e8nent nulle part celui qui les emprunte.<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 je voulais parler des chemins ceux de chez nous, ceux qui sentent bon et m\u00e8nent quelque part, ceux qui ont des noms parce qu&rsquo;ils existent, parce qu\u2019ils sont utiles, c&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;ils ont des noms. Quand on a un nom, c&rsquo;est pour \u00eatre utile, pour servir \u00e0 quelque chose, dire o\u00f9 on est, o\u00f9 on va et par o\u00f9 on passe.<\/p>\n<p><a id=\"russe\"><\/a>Prends le chemin vieux par exemple, celui qui va du Paven \u00e0 Correjeac. Vas savoir pourquoi il s&rsquo;appelle comme \u00e7a, et d&rsquo;ailleurs depuis quand il est vieux? C&rsquo;est pas prudent de dire \u00e7a ; les chemins sont un peu comme des femmes capricieuses, ils finissent toujours par t&rsquo;amener o\u00f9 tu veux en venir, mais ils aiment pas trop que tu dises leur age.<\/p>\n<p>Tu le prends \u00e0 la maison blanche, celle ou pendant la guerre il y avait des russes qui buvaient de l&rsquo;alcool \u00e0 br\u00fbler en pleurant et qui faisaient peur aux filles du village parce qu\u2019ils ne parlaient pas fran\u00e7ais. Enfin, c&rsquo;est ce qu&rsquo;on dit, c&rsquo;\u00e9tait pendant la guerre de 14, il y a longtemps et c&rsquo;est peut \u00eatre de l\u00e0 que date le chemin. Des Russes \u00e7a roules les R et les yeux en m\u00eame temps, \u00e7a ronfle comme une locomotive de l&rsquo;Oural, \u00e7a pleure pour quelque chose d&rsquo;oubli\u00e9 dans l&rsquo;histoire, \u00e7a danse sur un pied avec les bras crois\u00e9s, \u00e7a a des barbes plus longues <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=854\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">que le juif errant<\/a> en personne et \u00e7a boit tout haut des alcools qui br\u00fblent le ventre.<\/p>\n<p>\u00c7a peut pas \u00eatre bon pour les dames de ce temps&#8230;<\/p>\n<p>Je me rappelle que ma grand-m\u00e8re disait qu&rsquo;un oncle \u00e0 elle \u00e9tait mort au chemin des dames. Il y avait donc des chemins pendant la guerre, alors peut-\u00eatre le chemin vieux date bien de ce temps l\u00e0&#8230;<\/p>\n<p>Je dis donc\u00a0: tu le prends \u00e0 la maison blanche \u00e0 l&rsquo;angle de la maison <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=29\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">d&rsquo;Augustine<\/a> et tu montes vers les Tiouli\u00e8res. En passant, tu noteras que la maison blanche a jamais \u00e9t\u00e9 blanche et que personne ne l&rsquo;a jamais vue blanche, sauf peut-\u00eatre les russes quand ils avaient bien picol\u00e9 l\u2019alcool qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas mis dans la lampe, c&rsquo;est sans doute pour \u00e7a que quand il avait bien mang\u00e9 et bu quelques canons, <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=32\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">mon pap\u00e8te<\/a> disait qu&rsquo;on s&rsquo;en \u00e9tait mis plein la lampe&#8230;.<\/p>\n<p>Tu passes donc la Tiouli\u00e8re et tu t&rsquo;enfonces dans les murs \u00e9pais comme des mausol\u00e9es de pharaons. Bon sang de bois, mais ou ils on trouv\u00e9 toutes ces pierres pour construire de telles cath\u00e9drales\u00a0?<\/p>\n<p>A gauche comme \u00e0 droite, dans les barthes, les pr\u00e9faces, les parros, les chaussinels\u00a0; tu vois des murailles rondes comme des poitrines et des ventres de femmes qui arrivent \u00e0 terme, et c&rsquo;est peut \u00eatre pour \u00e7a que la nuit l&rsquo;ombre de la lune les caresse.<\/p>\n<p>La lune est friponne comme un gar\u00e7on mal \u00e9lev\u00e9, et d&rsquo;ailleurs mon papette disait qu&rsquo;il y avait Pierrot dans la lune, ou m\u00eame Jean, vas savoir, c&rsquo;\u00e9tait<a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=2332\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> peut-\u00eatre Jean-Pierrot<\/a>, alors pas \u00e9tonnant qu&rsquo;il caresse la nuit le ventre des femmes murailles.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, les femmes qui attendent, on dit qu&rsquo;elles sont enceintes, et une enceinte c&rsquo;est bien une muraille non\u00a0? Je suis sur que quand la s\u0153ur me criait dessus \u00e0 la petite \u00e9cole \u00ab<i>\u00a0Diantre de diantre, mais celui l\u00e0 il est toujours dans la lune\u00a0!\u00a0<\/i>\u00bb elle voyait pas qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9 je caressais en r\u00eave des poitrines et des ventres de femmes de pierre pr\u00eates \u00e0 laisser venir la vie ; mais \u00e7a les religieuses le voient pas parce qu\u2019elles n&rsquo;ont jamais \u00e9cout\u00e9 pousser leur ventre.<\/p>\n<p>Tiens d\u2019ailleurs, de temps en temps, les bergers ont englouti une chazelle dans ces montagnes de pierre. Une caverne moite d&rsquo;o\u00f9 sortira le petit de la femme muraille.<\/p>\n<p>On est bien dedans, \u00e7a sent la terre chaude et rouge et \u00e7a prot\u00e8ge du vent.<\/p>\n<p>Bon, tu oublies la lune et tu continues ton chemin, tu d\u00e9passes <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=111\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">la ch\u00e8vre blanche<\/a>, celle qui avait fait une belle peur \u00e0 ce pauvre Antonin, et que m\u00eame encore aujourd&rsquo;hui quand la nuit s&rsquo;approche, les passants qui connaissent l&rsquo;histoire frissonnent en faisant un d\u00e9tour d&rsquo;un m\u00e8tre au moins devant le pas du pradou de Prieur.<\/p>\n<p>Puis le chemin s&rsquo;ouvre, les murs reviennent \u00e0 ton niveau et tu commences \u00e0 voir les p\u00e2tures, les murailles, les bartas, les herbes et les cannibals qui font les oreillettes. Un lapin qui d\u00e9tale et s&rsquo;encllapasse en faisant rouler deux pierres et tu arrives \u00e0 l&rsquo;ayrette ou les poules grattent le foumeiro pour y chercher des vers.<\/p>\n<p>Tu es \u00e0 Correjeac, le village d&rsquo;<a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=36\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">o\u00f9 est partie la peste<\/a>. Enfin, quand on dit qu&rsquo;elle est partie d\u2019ici, c&rsquo;est pas vrai, elle a commenc\u00e9 ici et elle y est rest\u00e9e un bon bout de temps\u00a0; il faut bien remettre les choses \u00e0 leur place&#8230;.<\/p>\n<p>\u00c7a c&rsquo;\u00e9tait pour le chemin vieux.<\/p>\n<p>On l&rsquo;appelle aussi les chemin des morts parce qu\u2019il \u00e9tait plus souple que le chemin neuf trop plein de cailloux, alors on descendait les morts par l\u00e0 pour pas qu&rsquo;ils soient trop secou\u00e9s dans le cercueil.<\/p>\n<p>On faisait \u00e7a surtout pour la famille, puisque la famille, c&rsquo;est la seule chose que les morts gardent apr\u00e8s leur d\u00e9part.<\/p>\n<p>Bon, mais si tu prends le chemin du pied du bois, c&rsquo;est pas la m\u00eame chose. Le chemin suit le bois par le pied, le bois est en haut mais il s&rsquo;arr\u00eate au pied du bois ;\u00a0 c&rsquo;est un autre chemin.<\/p>\n<p>L\u00e0 tu vois les choses de haut ; enfin plut\u00f4t de la haut.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/sepia.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1577\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/sepia.jpg\" alt=\"sepia\" width=\"250\" height=\"165\" \/><\/a>C&rsquo;est par ce chemin qu&rsquo;est arriv\u00e9 la premi\u00e8re fois <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=199\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">cet homme qui aimait raconter le fil du temps qui passe<\/a>. On l&rsquo;appelait le passeur, le voleur de l\u00e9gendes, mais c&rsquo;est pas le sujet bien que \u00e7a ait \u00e0 voir avec le chemin puisque c&rsquo;est par la qu&rsquo;il est venu le jour o\u00f9 il a mis les femmes du village en col\u00e8re avec son histoire de berg\u00e8re endormie.<\/p>\n<p>Ce chemin, tu peux le commencer par les deux cot\u00e9s, comme tous les chemins, mais si tu le prends par l&rsquo;ouest, tu prends moins de lumi\u00e8re dans les yeux parce que c&rsquo;est chemin de traverse qui va juste du levant au couchant, et en plus si tu le prends dans ce sens, tu suis ton ombre et \u00e7a tient compagnie, surtout le soir.<\/p>\n<p>D&rsquo;ailleurs, c&rsquo;est le chemin des ombres tant il s&rsquo;ouvre sur la lumi\u00e8re de la vall\u00e9e. A droite tu suis le bois et en tournant un peu la t\u00eate tu as tout le pays qui s&rsquo;\u00e9tale sous toi ; et pour peu que le temps le m\u00e8ne, tu y vois \u00e0 perte de vue jusqu&rsquo;aux contreforts de l&rsquo;Aubrac.<\/p>\n<p>Je me demande d&rsquo;ailleurs d&rsquo;o\u00f9 vient cette expression un peu bizarre. Comment peut-on y voir jusqu&rsquo;\u00e0 perte de vue? et \u00e0 quel moment pr\u00e9cis survient la perte de vue&#8230;.\u00c7a doit venir un peu comme le sommeil ou l&rsquo;heure du loup, ce moment fugace qui se glisse entre le jour et la nuit et qui passe tellement vite que\u00a0 tu vois pas vraiment le moment de la bascule. \u00c7a doit \u00eatre un peu comme un rideau de pluie qui s&rsquo;arr\u00eate pile au milieu de la route sans que tu comprennes pourquoi puisque du moment que tu te mouilles, il pleut sur le monde entier, et pourtant tu fais un pas et tu passes \u00e0 travers la pluie o\u00f9 tu te mets au sec, selon ton humeur du moment ; on peut dire que tu es pass\u00e9 \u00e0 perte de pluie.<\/p>\n<p>Tu commences la bas aux quatre chemins, mais tous les chemins commencent l\u00e0, \u00e0 la crois\u00e9e des autres, tu d\u00e9passes la baume de Cadoule et tu surplombes Paulhac en longeant le grand rocher des corbeaux jusqu&rsquo;\u00e0 la Roquette. C&rsquo;est l\u00e0 que le pays s&rsquo;ouvre et que le chemin prend toute sa dimension.<\/p>\n<p>On appelle \u00e7a les pins noirs, c&rsquo;est un peu la foret qui respire quand le vent agite les branches, tu t&rsquo;arr\u00eates, tu \u00e9coutes, tu tournes le dos et tu regardes le village de Correjeac en bas,<a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?cat=8\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> celui de la Peste qui a ravag\u00e9 le monde en 1721<\/a>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce qu&rsquo;avait fait cet homme qui racontait des histoires de berg\u00e8res endormies. Il s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 l\u00e0 pour casser la\u00a0 croute,\u00a0 puis il s&rsquo;\u00e9tait allong\u00e9 sur le dos, avait tir\u00e9 son chapeau sur les yeux et vas savoir s&rsquo;il s&rsquo;est pas laiss\u00e9 emporter par le temps ou le sommeil, en tout cas, il avait \u00e9cout\u00e9 la foret respirer. A coup sur qu&rsquo;il dormait pas puisqu&rsquo;il l&rsquo;avait \u00e9cout\u00e9e, sinon il l&rsquo;aurait juste entendue, et c&rsquo;est pas la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait de plus en plus fort, comme le souffle de cette boh\u00e9mienne qu&rsquo;il caressait l&rsquo;autre jour sous le pont de Saint-Laurent d&rsquo;Olt, au bord de la rivi\u00e8re. On sait pas quel jour, mais on comprend bien que des jours comme celui l\u00e0 ne devraient jamais finir.<\/p>\n<p>Son souffle montait et descendait comme son buste cuivr\u00e9 qui dressait vers le ciel ses t\u00e9tons couleur de terre. Bon sang qu\u2019elle \u00e9tait belle ; et comme elle \u00e9tait offerte! Pas \u00e9tonnant qu&rsquo;il ait \u00e9t\u00e9 tout retourn\u00e9 en voyant la berg\u00e8re qui offrait son corps nu aux caresses du soleil. Pas \u00e9tonnant non plus qu&rsquo;il se soit fait engueuler en racontant tout \u00e7a aux femmes du village. C&rsquo;est presque dommage de ne pas savoir jusqu&rsquo;o\u00f9 une femme peut se laisser\u00a0 aller pour peu que le soleil lui donne raison.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pas pour dire, mais ces choses on peut les faire avec les femmes, mais il faut pas leur en parler sinon elles se f\u00e2chent et te disent\u00a0 que c&rsquo;est pas possible, que c&rsquo;\u00e9tait pas elles, que tu te fais des id\u00e9es. Comme si tu pouvais oublier ce qu&rsquo;une femme peut te donner&#8230;<\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 notre chemin et parlons d&rsquo;autre chose. Voila le Planet et le champ du bois. C&rsquo;est l\u00e0, juste en haut du chemin qui descend vers la vall\u00e9e que <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=102\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l&rsquo;abb\u00e9 Moulin s&rsquo;\u00e9tait post\u00e9 <\/a>\u00e0 l&rsquo;esp\u00e8re le fameux matin du li\u00e8vre et du renard. La c&rsquo;est frais, c&rsquo;est presque doux l&rsquo;\u00e9t\u00e9 et c&rsquo;est glac\u00e9 l&rsquo;hiver parce que le soleil n&rsquo;arrive pas jusqu\u2019ici, ou alors trop t\u00f4t le matin, et \u00e7a suffit pas \u00e0 lever la gel\u00e9e blanche. En fait l\u00e0, \u00e7a ne va jamais, \u00e7a doit \u00eatre le point de d\u00e9s\u00e9quilibre du monde.<\/p>\n<p>La tu prends tout droit, tu suis le pied du bois, tu te gardes de prendre la fourche \u00e0 droite qui te m\u00e8nerait sur le plateau et tu es pas l\u00e0 pour \u00e7a, tu es l\u00e0 pour suivre le chemin du pi\u00e9mont et rien d&rsquo;autre. Tu continues, tu d\u00e9passes la petite mare des sangliers et te voila au roc de Juan, l\u00e0 ou soit disant est rentr\u00e9 un jour<a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=60\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> le serpent volant <\/a>de Chaumazelle.<\/p>\n<p>L\u00e0 il y a un joli rocher, fort comme une montagne de Turquie. A deux m\u00e8tres de haut, un trou s&rsquo;enfonce dans le roc, mais peu de gens le connaissent car il est cach\u00e9 dans la broussaille du ventre de la femme montagne. Il faut savoir aller le voir, s&rsquo;approcher doucement en se frayant un chemin dans les tiges d&rsquo;\u00e9rables et tout \u00e0 coup il est l\u00e0, offert comme une p\u00e9cheresse. On raconte qu&rsquo;il m\u00e8ne \u00e0 un lac sous la montagne, et qu&rsquo;il y a tellement d&rsquo;eau que si la paroi de la montagne enceinte la lib\u00e8re toute la vall\u00e9e sera engloutie.<\/p>\n<p>On raconte toujours des histoires sur les choses qu&rsquo;on ne connait pas, il suffit de se hisser jusqu&rsquo;au trou et d&rsquo;y entrer, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;eau, juste de la terre et des plumes d&rsquo;un faisan qu&rsquo;un renard a train\u00e9 jusque l\u00e0 pour le d\u00e9vorer tranquillement.<\/p>\n<p>De toute fa\u00e7on, on ne peut pas aller bien loin dans le ventre de la femme montagne qui se prot\u00e8ge en enserrant l\u2019explorateur trop curieux dans les parois de sa cavit\u00e9 de pierre.<\/p>\n<p>Il y a des chemins qu&rsquo;on ne peut pas faire dans les deux sens.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/village.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1589\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/village.jpg\" alt=\"village\" width=\"240\" height=\"161\" \/><\/a>Et puis il y a le chemin du Chardonnet, celui qui suit la rivi\u00e8re en partant du monument. On sait pas trop si c&rsquo;est une route ou un chemin, de toute fa\u00e7on, une route c&rsquo;est jamais qu&rsquo;un chemin qu&rsquo;on a couvert de goudron et de gravillons ; pour le reste il n&rsquo;y a rien qui change puisqu&rsquo;il m\u00e8ne toujours quelque part et qu&rsquo;on le suit pour y aller.<\/p>\n<p>Ce chemin, on dirait qu&rsquo;il prend malice \u00e0 suivre le bord de la rivi\u00e8re, pour s&rsquo;abriter sous les peupliers : et du coup il joue avec la lumi\u00e8re. Il y a des milliers de bellugues de soleil qui scintillent en d\u00e9sordre entre les feuilles qui frissonnent sous le vent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un peu le chemin de la musique.<\/p>\n<p>Su tu le prends par le bas, tu montes vers le moulinet en laissant le cimeterre sur ta gauche. Il y a des gens qui se signent en passant, histoire de se mettre bien avec les esprits avant d&rsquo;aller les rejoindre le plus tard possible dans la galerie du temps pass\u00e9. C&rsquo;est pas loin de l\u00e0 qu&rsquo;est arriv\u00e9e <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=113\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">l&rsquo;histoire de ce franc-ma\u00e7on<\/a> qui s&rsquo;est volatilis\u00e9 au premier coup de minuit. C&rsquo;est ce que les gens racontent en tout cas pour diaboliser ceux qui ne pensent pas comme eux.<\/p>\n<p>Tu arrives au Moulinet et tu continues vers Marijoulet. L\u00e0 c&rsquo;est frais et humide \u00e0 cause de la butte de Pietouls qui cache le soleil du matin, des peupliers qui cachent le soleil du midi et du roc de Rochalte qui cache celui du soir. Tu joues avec l&rsquo;ombre et le soleil et c\u2019est ce qui a donn\u00e9 des frissons \u00e0 la jeune fille <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=63\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">du chat noir et de la pi\u00e8ce d&rsquo;or<\/a>.<\/p>\n<p>L\u00e0 il y avait l&rsquo;atelier de Cambuse, le menuisier qu&rsquo;on aimait pas toujours voir venir dans les maisons parce qu&rsquo;il venait prendre les mesures des d\u00e9funts pour les mettre en bi\u00e8re. Il avait toujours l&rsquo;air triste quand il faisait \u00e7a, mais quand il sciait des planches dans son atelier, \u00e7a sentait bon le bois chaud et il faisait des armoires magnifiques, des caisses de pendule, des lits et des bureaux pour l&rsquo;\u00e9cole.<\/p>\n<p>Je me souviens un jour de l&rsquo;avoir vu scier des troncs de ch\u00eane <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=942\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">au Moulin de Gineste<\/a> pour faire une charpente \u00e0 Correjeac. Il suait comme un gourg et la scie rugissait comme une lionne prise au pi\u00e8ge quand elle mordait dans les billots.<\/p>\n<p>Pour les cercueils, Il disait qu&rsquo;il fallait bien que quelqu\u2019un le fasse et \u00e7a lui faisait un travail de folie parce qu&rsquo;il avait que deux jours pour faire. Apr\u00e8s, il passait \u00e0 autre chose, un lit, un berceau ou une porte de placard. C&rsquo;est fou comme le bois se m\u00eale \u00e0 tous les temps de la vie de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Si tu continues le chemin, tu passes Marijoulet et tu t&rsquo;enfonces dans la vall\u00e9e de Chardonnet, elle est de plus en plus sombre et humide parce qu\u2019elle s&rsquo;approche de la \u00a0 source de Resimplets, l\u00e0 ou l&rsquo;eau sort <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=942\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">entre les cuisses de la montagne<\/a> .<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/chataigne.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-1624\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2015\/03\/chataigne.jpg\" alt=\"chataigne\" width=\"240\" height=\"170\" \/><\/a>Et puis il y a le chemin du Catelmas, de l&rsquo;autre cot\u00e9 d&rsquo;Auxillac, derri\u00e8re Auxillac si tant est qu&rsquo;un village ait un avant ou un arri\u00e8re, et \u00e7a \u00e7a d\u00e9pend de quel cot\u00e9 regardent les maisons. Mais bon, pour ceux qui ont l&rsquo;habitude de regarder le village depuis le monument, alors le Catelmas c&rsquo;est bien derri\u00e8re, en tout cas c&rsquo;est en haut et on ne le voit pas parce que c&rsquo;est un plateau.<\/p>\n<p>Ce chemin l\u00e0, c&rsquo;est le chemin des cailloux, d&rsquo;o\u00f9 que tu le prennes, il y a des pierres qui te roulent sous les pieds \u00e0 te faire perdre l&rsquo;\u00e9quilibre. Le plateau est sec, aride comme un s\u00e9gala. De grands fant\u00f4mes de ch\u00e2taigner labourent le ciel de leur branches d&rsquo;escogriffes. Des arbres centenaires creux, ouverts sur un cot\u00e9\u00a0 \u00e0 tel point qu&rsquo;on ne voit m\u00eame plus le moindre morceau d&rsquo;\u00e9corce. Pourtant ils s&rsquo;obstinent \u00e0 lancer de nouvelles branches \u00e0 partir de leurs troncs martyris\u00e9s et \u00e0 faire des ch\u00e2taignes que plus personne ne ramasse si ce n&rsquo;est quelques sangliers de passage qui s&rsquo;en nourrissent \u00e0 l&rsquo;automne.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le chemin du plateau, des clapas et du soleil qui tombe en morceaux, et juste en dessous, \u00e0 flanc de coteau, il y a les vignes qui elles aussi ont disparu depuis belle lurette. Les oustaguets s\u2019effondrent un a un, les escaliers qui relient les rases sont engloutis sous les ronces. Ce chemin l\u00e0, c&rsquo;est celui qui marque le changement des temps. Il te fait pas passer d&rsquo;un lieu \u00e0 l&rsquo;autre, il te donne juste une dr\u00f4le d&rsquo;impression de voyager sur les ruines du pass\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e7a aussi les chemins, et celui l\u00e0 non plus ne peut pas se prendre \u00e0 l&rsquo;envers&#8230;.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un chemin, c&rsquo;est un un peu comme un conducteur de train. On ne le voit pas toujours mais sans lui on ne peut pas aller bien loin puisque c\u2019est lui qui nous y m\u00e8ne. C&rsquo;est un peu fa\u00e7on de parler, bien sur, mais quand m\u00eame c&rsquo;est important pour la suite. D&rsquo;ailleurs, le conducteur de train &hellip; <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=1538\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-1538","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cest-la-vie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1538","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1538"}],"version-history":[{"count":77,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1538\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5621,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1538\/revisions\/5621"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1538"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1538"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1538"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}