{"id":165,"date":"2013-02-25T17:35:29","date_gmt":"2013-02-25T16:35:29","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/var\/www\/vhosts\/vivreetecrire.frhttpdocs\/wp\/wordpress\/?p=165"},"modified":"2021-11-13T17:09:17","modified_gmt":"2021-11-13T16:09:17","slug":"la-lluvia-cayo-a-tequila","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=165","title":{"rendered":"La lluvia cay\u00f3 a T\u00e9quila"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?attachment_id=2582\" rel=\"attachment wp-att-2582\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-2582\" style=\"margin: 3px;\" title=\"Cliquez sur l'image\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/Tequila-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"245\" height=\"163\" \/><\/a>Son las cinco de la tarde sur Tequila, la petite horloge de la place essaye de les sonner, en se frayant un chemin de croix sonore entre les p\u00e9tards qui propulsent des b\u00e9liers pour monter l&rsquo;eau dans les r\u00e9servoirs.<\/p>\n<p>On ne sait plus trop bien d&rsquo;o\u00f9 viennent toutes ces explosions dans la cohue de la ville, entre les bombeiros, l&rsquo;orage, une procession qui se pr\u00e9pare, tout ici n&rsquo;est que p\u00e9tarades et chambardements&#8230;<!--more--><\/p>\n<p>On est sur d&rsquo;une chose, c&rsquo;est qu&rsquo;il va pleuvoir bient\u00f4t, c&rsquo;est normal, c&rsquo;est la saison des pluies et il pleut souvent \u00e0 cette heure l\u00e0 \u00e0 T\u00e9quila. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, m\u00eame si des fois on pr\u00e9f\u00e9rerait que la pluie tombe \u00e0 un autre moment, plus tard, ou ailleurs, mais \u00e7a personne ne le d\u00e9cide, et surtout pas \u00e0 T\u00e9quila. De toute fa\u00e7on, la pluie n&rsquo;a pas dur\u00e9 et la vie d&rsquo;apr\u00e8s la pluie reprend ses droits sur la plaza principal.<\/p>\n<p>Une vieille femme circule de tables en tables sur la terrasse luisante de pluie d&rsquo;un petit bistro, proposant aux touristes attabl\u00e9s de leur lire la bonne aventure. Mais les gringas ne sont pas l\u00e0 pour entendre j\u00e9r\u00e9mier et personne ne veut de ses pr\u00e9dictions qui n&rsquo;am\u00e8neraient que des mauvaises choses. La vieille continue son chemin solitaire de veuve de Tequila.<\/p>\n<p>L&rsquo;alcool et la guerre se partagent plus ou moins bien cette particularit\u00e9 de faire des veuves, mais les points communs s&rsquo;arr\u00eatent l\u00e0 ; la Tequila r\u00e9jouit le c\u0153ur de l&rsquo;homme, la guerre le meurtrit. Ici, comme dans bien des pays vivant de la production intensive d&rsquo;un alcool, l&rsquo;agave bleu fait vivre les hommes qui le travaillent et mourir ceux qui le boivent apr\u00e8s le travail, le boivent en travaillant ou le boivent parce qu\u2019ils n&rsquo;ont plus de travail.<\/p>\n<p>Une petit gar\u00e7on marche \u00e0 cot\u00e9 de sa m\u00e8re entre les flaques de la place, il s&rsquo;applique \u00e0 bien mettre les pieds dans l&rsquo;eau, il est sur d&rsquo;avoir d\u00e9couvert les sources du Rio grande. Flique flaque, le voila Livingstone faiseur de pluie&#8230; Une fillette suit scrupuleusement les lignes des pav\u00e9s, sans d\u00e9passer, sans d\u00e9border, sans mouiller ses chaussures ni tomber cinquante m\u00e8tres plus bas dans le Rio Grande qui bouillonne de centaines de crocodiles.<\/p>\n<p>Un homme va et vient sur la place en qu\u00eate d&rsquo;on ne sait quoi, il cherche fr\u00e9n\u00e9tiquement des morceaux de plastique, des pailles que les enfants g\u00e2t\u00e9s ont laiss\u00e9 tomber au sol en finissant leur soda. Il tourne, marche, se baisse, tourne encore, l\u00e8ve les yeux au ciel et reprend sa qu\u00eate de collectionneur de l&rsquo;inutile. <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?attachment_id=2604\" rel=\"attachment wp-att-2604\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2604\" style=\"margin: 4px;\" title=\"TEQUILA\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/TEQUILA.gif\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"150\" \/><\/a>Il a un beau visage prolong\u00e9 d&rsquo;une barbe grise pointue, un peu \u00e0 la fa\u00e7on de Trotski. La place est sa maison, c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;il lui reste, la derni\u00e8re chose qu&rsquo;on ne lui prendra pas. La place est \u00e0 lui et quand la qu\u00eate fatigue trop son corps de pauvre sans logis, il va s&rsquo;allonger sur la carton qui lui sert de maison, la bas, sous le porche de l&rsquo;\u00e9glise&#8230;<\/p>\n<p>La vieille femme en rouge s&rsquo;est maintenant \u00e9loign\u00e9e des tables des gringos et attend sur le trottoir. Elle parle seule, elle r\u00e2le apr\u00e8s la pluie et cette flaque d&rsquo;eau qui l\u2019emp\u00eache de traverser la rue. Elle en a plein le dos de faire ce m\u00e9tier, elle le d\u00e9teste.<\/p>\n<p>Elle fait \u00e0 contrec\u0153ur ce qu&rsquo;aucune femme supporte de faire, mais qu&rsquo;elle doit faire quand m\u00eame faire tous les jours, pour faire comme sa m\u00e8re ; elle vieillit. Une mama traverse la rue d\u00e9tremp\u00e9e en tra\u00eenant son bambin par la main. Elle est aussi grande que lui est petit, ce qu&rsquo;il fait que ses pieds touchent \u00e0 peine le sol, mais elle n&rsquo;en a cure et continue son bonne-femme de chemin en meurtrissant l&rsquo;\u00e9paule de son gamin.<\/p>\n<p>Sur un banc, en face du bar ou fl\u00e2nent les gringos, un couple tourneboule un \u00e9trange man\u00e8ge. Des casquettes bleues viss\u00e9es sur le front, ils regardent les all\u00e9es et venues en faisant des commentaires. Ils rient, montrent du doigt, s&#8217;embrassent sur la joue, rient \u00e0 nouveau en regardant les gringos et poussent de temps en temps vers eux une jeune femme clou\u00e9e sur un chariot roulant pour recueillir quelques pi\u00e9cettes qu&rsquo;elle glisse avec lenteur dans una bolsita llena de su miseria.<\/p>\n<p>Ces deux l\u00e0 ne vont pas bien du tout, on sent de la d\u00e9tresse dans leur rire, on sent que \u00e7a va mal, ou que \u00e7a va aller surement de plus en plus mal, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de maison ou qu&rsquo;ils vont la perdre bient\u00f4t, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas de travail, pas un sou de cot\u00e9, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont rien \u00e0 faire qu&rsquo;\u00e0 rigoler de trois fois rien sur la place de leur ennui. <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?attachment_id=2596\" rel=\"attachment wp-att-2596\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-thumbnail wp-image-2596\" style=\"margin: 4px;\" title=\"Cliquez pour agrandir l'image\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/ballons-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"216\" height=\"144\" \/><\/a><\/p>\n<p>Soudain, les p\u00e9tards s&rsquo;intensifient, la place s&rsquo;agite. Une procession arrive par la rue principale, des jeunes filles aux robes d&rsquo;un bleu intense d\u00e9filent en dansant, d&rsquo;autres enfants portent des ballons jaunes et rouges, une fanfare rythme l&rsquo;allure de cette \u00e9trange procession ouverte par deux enfants de ch\u0153ur. Un pr\u00eatre en chasuble accueille la procession \u00e0 la porte de l&rsquo;\u00e9glise et b\u00e9nit les ballons que les enfants l\u00e2chent au coup de sifflet du chef de ch\u0153ur.<\/p>\n<p>Le pr\u00eatre invite les jeunes filles en tenue chamarr\u00e9e, jupes courtes et autres plumes azt\u00e8ques fix\u00e9es dans les cheveux de s&rsquo;abstenir d&rsquo;entrer ainsi dans la maison du seigneur ; des fois que J\u00e9sus voit leur gambettes de trop pr\u00e8s&#8230; Je m&rsquo;approche et leur demande ce qui se passe, elle me disent qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui est la f\u00eate de Santiago, le saint patron du village.<\/p>\n<p>Je leur demande pourquoi elles n&rsquo;entrent pas, elle me r\u00e9pondent qu&rsquo;elles pourraient, mais qu&rsquo;elles pr\u00e9f\u00e8rent attendre la fin de l&rsquo;office pour reprendre leur joyeuse procession&#8230;. Je me dis que l&rsquo;\u00e9glise pr\u00f4ne des r\u00e8gles bien archa\u00efques, et que J\u00e9sus n&rsquo;avait surement pas d\u00e9tourn\u00e9 son regard des jambes d\u00e9couvertes de la femme adult\u00e8re que les pharisiens voulaient lapider, mais c&rsquo;est de l&rsquo;histoire ancienne et les p\u00e8res de l&rsquo;\u00e9glise grands producteurs de saints ont depuis tir\u00e9 un trait sur la place de la femme dans son sein des saints : m\u00e8re et veilleuse de vertu.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9glise, un petit enfant a conserv\u00e9 un ballon attach\u00e9 \u00e0 son poignet, il le monte vers le ciel comme pour rappeler \u00e0 Dieu que le sang des hommes est aussi rouge que sont bleues les feuilles de l&rsquo;agave azul Tequileno.<\/p>\n<p>Le pr\u00eatre lit une page de l&rsquo;\u00e9vangile de Saint Mathieu, et dans son hom\u00e9lie parle de l&rsquo;amour infini de Dieu pour les hommes.<\/p>\n<p>Il oublie tout simplement de parler du d\u00e9sespoir de la vieille femme qui ne peut pas traverser la rue, du petit enfant qui a mal \u00e0 l&rsquo;\u00e9paule, du jimador qui n&rsquo;en peut plus de supporter son dos tant sa \u00ab\u00a0cao\u00a0\u00bbdevient lourde pour lui, du couple qui erre en riant de rien sur la plaza principal, de la jeune femme qui traine son corps martyris\u00e9 dans un fauteuil bringuebalant, du collectionneur de l&rsquo;inutile qui tourne en rond sans rien trouver sur les pav\u00e9s us\u00e9s de sa solitude, du jeune homme qui supporte son corps difforme \u00e0 quelques m\u00e8tres du porche de l&rsquo;\u00e9glise. <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?attachment_id=2649\" rel=\"attachment wp-att-2649\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2649\" style=\"margin: 4px;\" title=\"ballon\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/ballon.jpg\" alt=\"\" width=\"230\" height=\"150\" \/><\/a> Il parle de l&rsquo;amour de dieu pour les hommes, mais oublie parler de ces femmes et de ces hommes sans amour qui prom\u00e8nent leur mis\u00e8re en pleine place, dans une villes dont le nom \u00e9voque la f\u00eate et l&rsquo;opulence.<\/p>\n<p>Ce Dieu l\u00e0 ne doit pas voir tr\u00e8s clair, \u00e0 moins que sa vue ne soit troubl\u00e9e par la part des anges qui s&rsquo;\u00e9chappe des barils de Tequila.<\/p>\n<p>Dix heures du soir, il est nuit sur la place, et les quelques lampadaires diffusent un timide halo de lumi\u00e8re vers les bancs o\u00f9 des formes se fondent avec les ombres de la nuit. Des formes qui se font et se d\u00e9font comme un ballet interminable dans la faible lueur qui contredit le noir.<\/p>\n<p>On devine des corps immobiles, des corps qui se meuvent et s&rsquo;\u00e9meuvent doucement comme des statues de l&rsquo;ombre, des corps qui se cherchent, se trouvent, h\u00e9sitent, ondulent, chuchotent s&rsquo;unissent et se d\u00e9sunissent, joignent et disjoignent leurs l\u00e8vres au liant des serments qui se scellent dans la complicit\u00e9 du cr\u00e9puscule. Il fait doux maintenant, c&rsquo;est le temps de se dire des mots pour de vrai, des mots pour demain, des mots chuchot\u00e9s comme des complots d&rsquo;enfants sur des folies \u00e0 venir. Des milliers d&rsquo;\u00e9toiles se bousculent dans le ciel d&rsquo;apr\u00e8s la pluie comme un feu d\u2019artifice pour des noces royales.<\/p>\n<p>Le croissant fin et clair de la lune mercrude glisse doucement vers l\u2019occident.<\/p>\n<p>L &lsquo;amour est l\u00e0 qui fl\u00e2ne dans le soir, les ombres se fondent en entrelacs de corps qui se voudraient ; les bancs bruissent de mille et une promesses dans la nuit ti\u00e8de de Tequila. Demain, il fera jour sur la place, les jimadors repartiront dans les champs bleus agave recueillir les pr\u00e9cieuses pi\u00f1as, la vieille tendra la main pour lire les lignes de la main, les enfants auront des flaques d&rsquo;eau dans la t\u00eate, le collectionneur reprendra sa qu\u00eate d&rsquo;inutile, le couple rira de trois fois quelque chose, et les filles auront des papillons dans la t\u00eate en attendant de les poser le soir sur l&rsquo;\u00e9paule de leur galant.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Guy L\u00e9v\u00eaque, T\u00e9quila, aout 2012<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Son las cinco de la tarde sur Tequila, la petite horloge de la place essaye de les sonner, en se frayant un chemin de croix sonore entre les p\u00e9tards qui propulsent des b\u00e9liers pour monter l&rsquo;eau dans les r\u00e9servoirs. 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