{"id":2662,"date":"2016-10-05T21:29:12","date_gmt":"2016-10-05T20:29:12","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/var\/www\/vhosts\/vivreetecrire.frhttpdocs\/wp\/wordpress\/?p=2662"},"modified":"2025-07-18T10:21:08","modified_gmt":"2025-07-18T09:21:08","slug":"la-femme-qui-marche-dans-lavenue-de-lopera","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=2662","title":{"rendered":"La femme qui marche dans la rue"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/rue.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-2665\" title=\"Dans la rue\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/rue-300x212.jpg\" alt=\"rue\" width=\"275\" height=\"194\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/rue-300x212.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/rue-768x543.jpg 768w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2016\/10\/rue.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 275px) 100vw, 275px\" \/><\/a>Il est huit heures du soir, tout juste dans l&rsquo;avenue des all\u00e9es qui m\u00e8ne de la gare \u00e0 la mairie de Louvain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;heure des autobus et des v\u00e9los qui s&rsquo;entrecroisent dans le bal incessant de ceux qui vont et viennent pour aller quelque part.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une femme marche ; ombre parmi les ombres dans la demi lumi\u00e8re de la ville qui s&rsquo;agite.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La rue, la p\u00e9nombre qui dispute les trottoirs \u00e0 l&rsquo;artifice des rotondes, l&rsquo;entrelacs incessant des v\u00e9los qui se faufilent entre les trottoirs et le monde qui se croise sans se voir&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout est en place, \u00e0 sa place, sa juste place dans l&rsquo;avenue qui m\u00e8ne vers la place.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soir est l\u00e0 qui suit le cours du jour. Un soir o\u00f9 l&rsquo;on va au bout de l&rsquo;avenue, comme tous les soirs dans cette ville pleine de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une femme marche tout pr\u00e8s de moi. Elle parle doucement, comme une qui en a tant \u00e0 dire qu&rsquo;elle met \u00e0 profit ce temps ou ses pas la portent vers l&rsquo;ailleurs pour lib\u00e9rer quelques bribes de mots ; o\u00f9 pour les enfermer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre se dit-elle que les mots sont des barri\u00e8res qui encadrent le cours du temps puisqu&rsquo;ils figent les ombres et les lumi\u00e8res avec leur force de mots ; alors elle les lance en l&rsquo;air comme des drag\u00e9es dans un apr\u00e8s-midi de noces sur le parvis de l&rsquo;\u00e9glise,\u00a0 ou comme une poign\u00e9e de riz jet\u00e9e vers le ciel par un indig\u00e8ne en peine de gouttes de pluie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est selon la richesse des unes et des autres, mais c&rsquo;est juste pour voir si les mots se brisent en retombant et lib\u00e8rent le mouvement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais parfois les mots font mal quand ils tombent sur la t\u00eate des gens qui ne sont pas pr\u00eats \u00e0 les entendre&#8230;.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce soir, les mots sont rest\u00e9s en l&rsquo;air et la passante n&rsquo;est plus l\u00e0&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Intrigu\u00e9, je me retourne et la vois pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une grande femme \u00e0 la peau sombre comme une qui est n\u00e9e dans les \u00eeles. Ses cheveux sont enserr\u00e9s dans un b\u00e9ret, ses yeux soulign\u00e9s par\u00a0 de fines lunettes fixent un point de l&rsquo;autre cot\u00e9 de la rue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle porte un manteau noir qui s&rsquo;efface pour d\u00e9voiler des bas que prolongent des chaussures \u00e0 talons. Seul un sac de cuir fauve tranche dans le soir sur ce ballet de noir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La voila qui repart, revient \u00e0 ma hauteur en maugr\u00e9ant, me d\u00e9passe et continue sa marche.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle parle en flamand, dit quelques mots, bougonne, s&rsquo;arr\u00eate et esquisse un \u00e9trange mouvement, puis repart dans la cacophonie des lumi\u00e8res du soir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est des moments o\u00f9 l&rsquo;on se laisse emporter par son instinct, et le papillon qui volette dans ma t\u00eate me dit qu&rsquo;il faut compter ses pas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un, deux, trois&#8230;.le rythme est \u00e0 la fois souple et saccad\u00e9. Quarante, quarante et un, elle parle \u00e0 quelqu&rsquo;un qui flotte dans sa t\u00eate. soixante et un soixante deux, la voila qui s&#8217;emporte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quatre vingt-dix-huit, quatre vingt-dix neuf ; cent!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La femme aux couleurs de nuit s&rsquo;arr\u00eate, effectue un quart de tour, lance un pied en arri\u00e8re, pivote et se fige.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle fait les cent pas!<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pas un de plus, pas un de moins. Et quand elle est au bout des cent, l&rsquo;\u00e9trange ballet \u00e0 cloche pied ouvre le cycle de la marche d&rsquo;apr\u00e8s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je la suis, je la vois, je ne peux rien pour elle, mais je veux savoir o\u00f9 la m\u00eame cet \u00e9trange ballet sur le trottoir des pas perdus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voila la mairie, la cath\u00e9drale, la place noire de monde au couleur de la vie, des gens qui vont et viennent, se croisent et se d\u00e9croisent dans l&rsquo;interminable ballet des arpenteurs de vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La femme est l\u00e0 sans \u00eatre l\u00e0, pr\u00e8s de la fontaine, immobile, le regard \u00e9gar\u00e9 dans le champ clair obscur d&rsquo;un soir\u00a0 peupl\u00e9 de monstres et de chim\u00e8res qui trottent dans sa t\u00eate.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle ne marche plus, ne va plus nulle part, ne voit rien autour d&rsquo;elle. Sa voix est emport\u00e9e par le flot des passants, ses cris n&rsquo;ont pour \u00e9cho que les bruits de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elle regarde au loin, cherchant\u00a0 dans cet interminable nuit le jour qui ne vient pas.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il est huit heures du soir, tout juste dans l&rsquo;avenue des all\u00e9es qui m\u00e8ne de la gare \u00e0 la mairie de Louvain. L&rsquo;heure des autobus et des v\u00e9los qui s&rsquo;entrecroisent dans le bal incessant de ceux qui vont et viennent pour aller quelque part. 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