{"id":43,"date":"2013-02-21T11:11:49","date_gmt":"2013-02-21T10:11:49","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/blog\/blog\/?p=43"},"modified":"2023-08-06T06:51:22","modified_gmt":"2023-08-06T05:51:22","slug":"dos-dias-en-patzcuaro","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=43","title":{"rendered":"Dos dias en Patzcuaro"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/ile.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2458\" style=\"margin: 3px;\" title=\"ile\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/ile.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"150\" \/><\/a>A plus de 2000 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, la petite ville de P\u00e1tzcuaro porte sur ses pierres son pass\u00e9 colonial, mais quelle ville du Mexique saurait s&rsquo;exon\u00e9rer de ce pass\u00e9? Nous sommes ici chez les\u00a0 Indiens Pur\u00e9pechas, que les espagnols appelaient les Tarasques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des indiens qui, dit-on, ont farouchement r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 l\u2019envahisseur Azteque, ce qui peut expliquer l&rsquo;acharnement des espagnols apr\u00e8s la conqu\u00eate \u00e0 y construire des monuments imposants par leur architecture.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;histoire des violences faites aux peuples suit toujours la m\u00eame logique : la conqu\u00eate d\u00e9truit des temples, la colonisation en b\u00e2tit de nouveaux. Une mani\u00e8re bien marqu\u00e9e de rendre irr\u00e9versible une fracture culturelle qui a toutes les caract\u00e9ristiques d&rsquo;une assimilation&#8230;Ici, comme dans bien des villes conquises, les conquistadores se sont distingu\u00e9s par leur cruaut\u00e9, et le terrible Nu\u00f1o Beltr\u00e1n de Guzm\u00e1n y fit br\u00fbler vif en f\u00e9vrier 1530 Tanganxoan, leur dernier chef. Mais l\u2019histoire a ses cot\u00e9s humains puisqu&rsquo;elle est le fruit de la vie des hommes, aussi aime t-elle parfois mettre du baume sur les plaies qu&rsquo;elle a ouvertes. L&rsquo;\u00e9v\u00eaque Vasco de Quiroga ( <em>dit Tata Vasco pour les intimes<\/em>), nourri des id\u00e9aux de Thomas More va organiser quelques ann\u00e9es plus tard les indig\u00e8nes en communaut\u00e9 et les incita \u00e0 se structurer et \u00e0 d\u00e9velopper leur propre artisanat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le march\u00e9 de la plaza San Augustin est une ruche permanente peupl\u00e9e de petites tiendas o\u00f9 l&rsquo;on peut d\u00e9guster d&rsquo;immenses quesadillas entre deux averses de pluie. Ici, de pauvres petits producteurs agacent les touristes en qu\u00eate d&rsquo;exotisme en tendant de leur vendre ce dont ils n&rsquo;ont que faire : leur maigre production. Comme si quelques calebasses, une poign\u00e9e de poivrons, des insaladas, quelques tortillas, une vieille poup\u00e9e de chiffons ou un crucifix en paja de trigo pouvaient avaient quelque int\u00e9r\u00eat pour un gringo&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mai ce n&rsquo;est pas forc\u00e9ment son artisanat qui est l&rsquo;attraction principale de P\u00e1tzcuaro, car \u00e0 ce petit jeu, et n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 la m\u00e9moire de Tata Vasco, l&rsquo;on tombe vite dans les griffes des marchands du temple en rev\u00eatant le costume de gringos en goguette qui apportent leur contribution \u00e0 ce cercle vicieux et participent donc \u00e0 conforter la perversion du syst\u00e8me de d\u00e9pendance des indig\u00e8nes \u00e0 cette manne touristique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/vivreachanac.free.fr\/zaca\/mariposa.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2476\" style=\"margin: 3px;\" title=\"Cliquez sur l'image\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/mariposa_vi1.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"150\" \/><\/a>La petite \u00eele de Janitzio tr\u00f4ne \u00e0 quelques encablures de P\u00e1tzcuaro, sur le lac de m\u00eame nom. Un lac que l&rsquo;on disait comme \u00e9tant \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;un des plus beaux du Mexique<\/em>\u00a0\u00bb , et qui n&rsquo;a conserv\u00e9 aujourd&rsquo;hui du bleu carte postales de ses eaux qu&rsquo;un marron glauque et peu rassurant&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un bac am\u00e8ne les touristes et approvisionne les insulaires plusieurs fois par jour, une travers\u00e9e d&rsquo;une vingtaine de minutes agr\u00e9ment\u00e9e des discussions des brodeuses et des chants des mariachis en qu\u00eate de quelques p\u00e9sos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A l&rsquo; approche de l&rsquo;\u00eele, on distingue dans la brume qui recouvre le lac des petites barques sur lesquels s&rsquo;agitent des hommes qui portent de grands filets, ce sont les p\u00eacheurs de mariposa, du nom de leur filet qui traditionnellement servait \u00e0 p\u00eacher de la friture de poissons blancs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A les voir de plus pr\u00e8s, ces filets sont magnifiques, mais pourrait-il en aller autrement avec un aussi joli nom? M\u00eame si la friture se fait de plus en plus rare, le geste est lent et majestueux, et dans la brume du matin leurs mailles brillent comme des ailes de papillon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s quelques immersions de leur filet dans les eaux troubles du lac, ils approchent leurs bateaux du transbordeur qui a pris la peine de mettre en panne et recueillent quelques pi\u00e9cettes en r\u00e9compense de leur prestation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici, comme dans toutes les \u00eeles du monde, on vit entre le ciel et l&rsquo;eau, c&rsquo;est pourquoi on travaille, on chante, on dort et on rit et on fait la lessive.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/linge.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2485\" style=\"margin: 3px;\" title=\"linge\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/linge.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"150\" \/><\/a>Le ciel est bas et le lac est entour\u00e9 de montagnes, ce qui donne parfois le sentiment qu&rsquo;en levant le doigt on va pouvoir effleurer les nuages.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les femmes \u00e9tendent leur linge sur les terrasses, apportant couleurs et mouvements dans ce village en pente abrupte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je n&rsquo;ai jamais rien vu de plus beau que du linge \u00e9tendu, et rien de plus triste qu&rsquo;un village sans linge aux fen\u00eatres ou sur les terrasses.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une foire de l&rsquo;art ouverte \u00e0 l&rsquo;infini, une exposition en plein ciel confisqu\u00e9e par les femmes au carr\u00e9 des convenances, un \u00e9talage de leur monde intime au regard de tous, une porte ouverte aux plus pauvres dans le march\u00e9 de l&rsquo;art o\u00f9 gratuit\u00e9 et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re se m\u00ealent dans le grand bazar des couleurs de la vie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quel marchand d&rsquo;art, quel galeriste du monde saura prendre la mesure d&rsquo;une telle exposition?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui rendra \u00e0 ces artistes anonymes l&rsquo;hommage qui leur est du?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qui ouvrira le grand catalogue de l&rsquo;art des lavandi\u00e8res?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une fa\u00e7on de mettre le monde \u00e0 l&rsquo;envers, une pr\u00e9sence multiple et d\u00e9pouill\u00e9e, un m\u00e9lange des \u00eatres \u00e0 travers le m\u00e9lange des v\u00eatements qui nous parlent du vent qu&rsquo;il fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est du masculin et du f\u00e9minin qui se c\u00f4toient sans le savoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est une pause pour le soleil qui s&rsquo;y accroche, un sens donn\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re, une promesse de nouveau, un changement en devenir, une confiance faite au temps qui passe et patine les couleurs au fil des lessives qui \u00e9liment la fibre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/frida.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-2521 alignleft\" style=\"margin: 3px;\" title=\"Frida Khalo\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/frida.jpg\" alt=\"\" width=\"102\" height=\"142\" \/><\/a>\u00c7a dit que la maison est pleine, c&rsquo;est ouvert et un brin impudique dans un pays o\u00f9 la pudeur et la r\u00e9serve sont fortement ancr\u00e9es dans le comportement des \u00eatres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a nous raconte des histoires, \u00e7a nous dit des choses de la maison, des matins du monde, des midis qui rassemblent, des soir\u00e9es interminables, des ch\u00fbtes, des accidents et des maux de dos, des attentes, des caprices, des besoins et des envies, des \u00e9mois et des caresses, une \u00e9paule qui se d\u00e9couvre, un d\u00e9collet\u00e9 profond comme un ruisseau d&rsquo;avril, des hanches qui ondulent dans les couloirs du temps qui passe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c7a nous dit la vie&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans nos soci\u00e9t\u00e9s occidentalis\u00e9es, les femmes ne mettent plus leur linges \u00e0 la fen\u00eatre, elle le cachent dans le secret de leurs s\u00e9choirs, c&rsquo;est peut \u00eatre pour cela que nos villes semblent mortes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au cimeterre, pas de nom sur les tombes, mais on n&rsquo;oublie pas les morts pour autant, les morts sont partout parce que la mort est un moment de la vie, un passage au bout d&rsquo;un passage, ce n&rsquo;est pas une fatalit\u00e9 mais un bien, ce qui fait du jour des morts la plus belle f\u00eate de l&rsquo;ann\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le petit restaurant Lupita, dans le centre de Patzcuaro est un charmant patio entour\u00e9 de petites alc\u00f4ves ou l&rsquo;on peut s&rsquo;assoir pour d\u00e9guster une d\u00e9licieuse soupe Tarasce.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;endroit est color\u00e9 et bien tenu, mais on y est toujours g\u00ean\u00e9 par cette tendance qu&rsquo;ont les restaurants mexicains \u00e0 enchainer les plats \u00e0 un rythme soutenu, et surtout \u00e0 enlever verres, assiettes et bouteilles sit\u00f4t vid\u00e9s. On le regrette un peu car la cuisine est d\u00e9licieuse et on aimerait prendre un peu plus de temps pour d\u00e9guster un mezcal enrichi de nacos et de guacamole.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais ce qui retient l&rsquo;attention \u00e0 Pazcuaro, c&rsquo;est qu&rsquo;en 1938, \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une conf\u00e9rence, Andr\u00e9 Breton se laisser aller \u00e0 errer dans les rues de Mexico, qualifiant ce pays de\u00a0 <em>le plus surr\u00e9aliste du monde.<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Breton restera ensuite quelques jours sur le lac avec Diego Rivera et la belle Frida Kahlo o\u00f9 il rencontrera Trotsky pour \u00e9crire le manifeste pour un art r\u00e9volutionnaire ind\u00e9pendant qui visait \u00ab l<em>a totale libert\u00e9 de l&rsquo; art\u00bb<\/em>. <a href=\"http:\/\/vivreachanac.free.fr\/zaca\/breton_grand.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" style=\"margin: 3px;\" title=\"Cliquez sur l'image\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2012\/07\/breton.jpg\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"150\" \/><\/a>Trotski refusera d&rsquo;ailleurs de signer le manifeste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je ne r\u00e9siste pas \u00e0 la tentation de joindre \u00e0 cet article une note de Trotski datant du 20 juillet 1938<\/p>\n<blockquote><p><em> Dans les pays arri\u00e9r\u00e9s, qui comprennent, non seulement le Mexique, mais, dans une certaine mesure, \u00e9galement l&rsquo;U.R.S.S., l&rsquo;activit\u00e9 du ma\u00eetre d&rsquo;\u00e9cole n&rsquo;est pas seulement une profession, mais une mission \u00e9lev\u00e9e. La t\u00e2che de l&rsquo;\u00e9ducation culturelle consiste \u00e0 \u00e9veiller et d\u00e9velopper la personnalit\u00e9 critique dans les masses opprim\u00e9es et foul\u00e9es aux pieds. La condition indispensable pour cela est que l&rsquo;\u00e9ducateur lui-m\u00eame poss\u00e8de une personnalit\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e dans le sens critique. <\/em><\/p>\n<p><em>Celui qui n&rsquo;a pas de convictions suffisamment \u00e9labor\u00e9es ne peut \u00eatre un guide du peuple. C&rsquo;est pourquoi un r\u00e9gime totalitaire, sous toutes ses formes ? dans l\u2019\u00c9tat, dans le syndicat, dans le parti ? porte des coups irr\u00e9parables \u00e0 la cause de la culture et de l&rsquo;instruction. L\u00e0 o\u00f9 on impose d&rsquo;en haut des convictions, comme un ordre militaire, l&rsquo;\u00e9ducateur perd sa personnalit\u00e9 mentale et ne peut inspirer, ni aux enfants ni aux adultes, confiance dans la profession qu&rsquo;il exerce.<br \/>\n<\/em><\/p><\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A plus de 2000 m\u00e8tres d&rsquo;altitude, la petite ville de P\u00e1tzcuaro porte sur ses pierres son pass\u00e9 colonial, mais quelle ville du Mexique saurait s&rsquo;exon\u00e9rer de ce pass\u00e9? Nous sommes ici chez les\u00a0 Indiens Pur\u00e9pechas, que les espagnols appelaient les Tarasques. 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