{"id":4801,"date":"2021-01-18T17:16:30","date_gmt":"2021-01-18T16:16:30","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/var\/www\/vhosts\/vivreetecrire.frhttpdocs\/wp\/wordpress\/?p=4801"},"modified":"2021-01-24T09:05:42","modified_gmt":"2021-01-24T08:05:42","slug":"le-facteur-nest-pas-passe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=4801","title":{"rendered":"Le facteur n&rsquo;est pas pass\u00e9&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/poste.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-4804 size-medium alignleft\" title=\"Lettre morte\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/poste-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"221\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/poste-221x300.jpg 221w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/poste-369x500.jpg 369w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/poste.jpg 590w\" sizes=\"auto, (max-width: 221px) 100vw, 221px\" \/><\/a><em>Il ne passera jamais, lundi,mardi&#8230;.<\/em><\/p>\n<p>C&rsquo;est beau l&rsquo;enfance, les jeux dans la cour de l&rsquo;\u00e9cole, les comptines qui p\u00eale-m\u00ealent le r\u00eave et les r\u00e9alit\u00e9s \u00e0 la peur de ne plus recevoir les mots qui font chanter la vie.<\/p>\n<p>Le facteur n&rsquo;est pas pass\u00e9, il est rest\u00e9 dans la pass\u00e9, ce temps o\u00f9 il s&rsquo;arr\u00eatait devant toutes les portes pour porter des plis de mots plus us\u00e9s que parfum\u00e9s par les vertiges du voyage.<\/p>\n<p>C&rsquo;est vrai, il passe aujourd&rsquo;hui des facteurs et des factrices, mais tout a bien chang\u00e9, et peu\u00a0 \u00e0 peu les boites jaunes de m\u00e9tal qui ornaient les murs de nos villages se sont ferm\u00e9es sur leurs secrets.<!--more--><\/p>\n<p>Il y avait de mots et des \u00e9crits\u00a0 post\u00e9s et port\u00e9es par des hommes et des femmes de lettres.<br \/>\ndes mots d&rsquo;amour<br \/>\ndes mots avenir<br \/>\ndes petits mots<br \/>\ndes mots parfum\u00e9s \u00e0 l&rsquo;encre indigo<br \/>\ndes mots tout pleins de pleins et de d\u00e9li\u00e9s<br \/>\ndes mots \u00ab\u00a0<em>dis moi<\/em>\u00a0\u00bb<br \/>\ndes mots serr\u00e9s contre les mots des autres<br \/>\nceux qui en disent trop, ceux qui n&rsquo;en disent pas assez parce-qu\u2019ils auraient trop \u00e0 dire<br \/>\net tout le reste ; les colis en colonie, la carte postale de pas loin pour dire qu&rsquo;on y est, l&rsquo;enveloppe froiss\u00e9e, le timbre recoll\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>Et puis il y a le facteur.<\/p>\n<p>Le facteur, c&rsquo;est un peu comme le conducteur du train ou le gendarme, quelqu&rsquo;un de tout puissant dans le monde de l&rsquo;enfance, un monde o\u00f9 les trains s&rsquo;arr\u00eatent dans les petites gares, o\u00f9 les gendarmes passent dans le village de temps en temps pour prendre des nouvelles ; un monde rythm\u00e9 par le passage du facteur.<\/p>\n<p><em>Le facteur n&rsquo;est pas pass\u00e9?<\/em><\/p>\n<p>Ils sont pass\u00e9s sur les chemins du souvenir, et resteront dans ma m\u00e9moire comme des sentinelles de l&rsquo;enfance, des allumeurs de r\u00e9verb\u00e8res qui rythment la course du jour.<\/p>\n<p>Il y a d&rsquo;abord monsieur Seguin, que l&rsquo;on appelait famili\u00e8rement \u00ab\u00a0<em>S\u00e9guinou<\/em>\u00ab\u00a0. Un homme plein d&rsquo;\u00e9nergie, m\u00fb par les ressorts de la vie. Que de kilom\u00e8tres engloutis tous les jours \u00e0 v\u00e9lo sur des routes en terre battue o\u00f9 des chemins de terre, et parfois quelques kilom\u00e8tres de goudron. Un z\u00e9bulon de la vie qui arrivait comme un tourbillon et repartait comme il \u00e9tait venu.<\/p>\n<p>Cet homme profitait de la moindre descente pour arriver debout sur une p\u00e9dale en hurlant apr\u00e8s les chiens qui l&rsquo;accompagnaient dans sa tourn\u00e9e. Il s&rsquo;offrait parfois un petit temps de r\u00e9pit pour oublier les ascensions du matin lourdement charg\u00e9 de sa sacoche de cuir et des deux \u00e9normes bagages accroch\u00e9es \u00e0 son v\u00e9lo. Une lettre, un mandat o\u00f9 un journal plus loin, il repartait en bougonnant entour\u00e9 de la meute de chiens qu&rsquo;en bon \u00e9quilibriste il s&#8217;employait \u00e0 \u00e9carter \u00e0 coups de pied et de gros mots qui faisaient se signer les grand-m\u00e8res.<\/p>\n<p>On dit que les vainqueurs des premiers tours de France \u00e9taient souvent des facteurs, je sais maintenant pourquoi.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Poste.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-4815 size-full\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/Poste.jpg\" alt=\"\" width=\"211\" height=\"239\" \/><\/a>Je me suis souvent demand\u00e9 ce que contenaient ces \u00e9normes sacoches : des lettres, des colis, des mandats, la pension du grand-p\u00e8re, les rem\u00e8des de la grand-m\u00e8re et les jolies pi\u00e8ces de cinq franc en argent qu&rsquo;elles gardaient avec amour pour nos \u00e9trennes du nouvel an.<\/p>\n<p>Puis il y a eu monsieur Raymond dont je ne cite que le pr\u00e9nom. C&rsquo;\u00e9tait le temps des premi\u00e8res tourn\u00e9es en voiture, mais les sacoches \u00e9taient toujours de plus en plus lourdes.<\/p>\n<p>Si la gentillesse et le d\u00e9vouement avaient un visage, il leur pr\u00eaterait le sien sans aucun doute. Ce caussenard au bon sourire a donn\u00e9 au m\u00e9tier toute sa noblesse. Pas une maison, pas un pas de porte o\u00f9 il n&rsquo;ait \u00e9t\u00e9 le bienvenu. Pas une famille \u00e0 qui il n&rsquo;ai rendu service en apportant aux moins mobiles une course, un m\u00e9dicament, un achat qu&rsquo;ils ne pouvaient faire par eux-m\u00eame faute de moyens de d\u00e9placement.<\/p>\n<p>Il poussait m\u00eame la gentillesse jusqu&rsquo;\u00e0 venir parfois apr\u00e8s son travail aider une personne en difficult\u00e9 ou l&rsquo;accompagner quelque part, comme \u00e7a, tout simplement tant cet engagement lui semblait naturel.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu l&rsquo;autre jour le plaisir de lui parler de ce temps, et avec cette lumi\u00e8re de bont\u00e9 qui a toujours \u00e9clair\u00e9 son sourire, il a tout simplement dit \u00ab\u00a0<em>Je ne regrette rien<\/em>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>Vous n&rsquo;avez rien \u00e0 regretter Raymond, vous avez apport\u00e9 tous les jours cette petite lumi\u00e8re d&rsquo;une pr\u00e9sence, d&rsquo;un passage. Vous saviez, sentinelle d&rsquo;humanit\u00e9, que telle personne allait plus o\u00f9 moins bien et vous en parliez au voisin pour qu&rsquo;il en prenne soin.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/neige-1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-4841 size-medium\" title=\"Par tous les temps....(Collection G\u00e9rard Fages)\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/neige-1-300x191.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"191\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/neige-1-300x191.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/neige-1-768x489.jpg 768w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/neige-1-500x318.jpg 500w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/neige-1.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Je pense aussi \u00e0 vous Monsieur Mallet et votre gentillesse sans limite, je pense \u00e0 toi D\u00e9d\u00e9 \u00e0 Marvejols et \u00e0 tes engagements militants, \u00e0 toi Louisette du Villard, \u00e0 vous toutes et tous qui avez sillonn\u00e9 par tous temps-et parfois \u00e0 pied contraints pas la neige-les routes pour nous relier au monde.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, toute lettre \u00e0 une fin, comme les \u00eatres.<\/p>\n<p>Certains sont partis porter des plis sur les chemins de l&rsquo;au del\u00e0, d&rsquo;autres vivent une retraite paisible, mais vous avez tous apport\u00e9 du bonheur dans les maisons, et s&rsquo;il vous arrivait parfois d&rsquo;\u00eatre porteurs de mauvaises nouvelles, votre compassion \u00e9tait sinc\u00e8re et apportait du r\u00e9confort.<\/p>\n<p>Aujourd&rsquo;hui, les boites jaunes que vous ouvriez avec la cl\u00e9 suspendue \u00e0 votre veste bleue se ferment peu \u00e0 peu, le temps n&rsquo;est plus aux enveloppes ni aux timbres, les bureaux de Poste tirent leurs rideaux et les villages s&rsquo;ennuient sur les \u00e9crans de la consommation en attendant les colis des plates-formes qui d\u00e9m\u00e9nagent le territoire sur les terrains de leurs app\u00e9tits.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/timbre.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4831\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/timbre.jpg\" alt=\"\" width=\"140\" height=\"170\" \/><\/a>Pendant des ann\u00e9es, vous avez port\u00e9 des mots fleuris d&rsquo;amour pli\u00e9s dans vos sacoches, donn\u00e9 du r\u00e9confort, fait du lien dans nos village, meubl\u00e9 des solitudes par l&rsquo;\u00e9clat d&rsquo;un bonjour, tout simplement, sans aucune consigne, juste par amour d&rsquo;un m\u00e9tier qui vous tenait \u00e0 c\u0153ur.<\/p>\n<p>Vous \u00e9tiez plus que des facteurs, vous \u00e9tiez des passeurs d&rsquo;humanit\u00e9, et dans notre belle langue g\u00e9vaudanaise, le facteur s\u2019appelle \u00ab\u00a0Lou Portur\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><em>\u00a0<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il ne passera jamais, lundi,mardi&#8230;. C&rsquo;est beau l&rsquo;enfance, les jeux dans la cour de l&rsquo;\u00e9cole, les comptines qui p\u00eale-m\u00ealent le r\u00eave et les r\u00e9alit\u00e9s \u00e0 la peur de ne plus recevoir les mots qui font chanter la vie. Le facteur n&rsquo;est pas pass\u00e9, il est rest\u00e9 dans la pass\u00e9, ce temps o\u00f9 il s&rsquo;arr\u00eatait devant &hellip; <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=4801\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-4801","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cetait-hier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4801","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4801"}],"version-history":[{"count":30,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4801\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4847,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4801\/revisions\/4847"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4801"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4801"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4801"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}