{"id":4854,"date":"2020-01-28T09:51:54","date_gmt":"2020-01-28T08:51:54","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/var\/www\/vhosts\/vivreetecrire.frhttpdocs\/wp\/wordpress\/?p=4854"},"modified":"2021-01-31T09:38:33","modified_gmt":"2021-01-31T08:38:33","slug":"robert","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=4854","title":{"rendered":"Robert"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert1.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-4857\" title=\"Cliquez pour agrandir\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert1-284x300.jpg\" alt=\"\" width=\"227\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert1-284x300.jpg 284w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert1-473x500.jpg 473w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert1.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 227px) 100vw, 227px\" \/><\/a>Il serait bien pr\u00e9tentieux de vouloir r\u00e9sumer une vie en quelque lignes en laissant les parques d\u00e9rouler le fil du temps aux caprices de quelques dates.<\/p>\n<p>R\u00e9sumer un homme \u00e0 son inscription dans le temps revient \u00e0 en faire une simple poussi\u00e8re d\u2019\u00e9toile, mais un homme, c\u2019est autre chose. Un homme est la somme de son \u00eatre, il n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que son projet, il n\u2019existe que dans la mesure o\u00f9 il se r\u00e9alise, il n\u2019est donc rien d\u2019autre que l\u2019ensemble de ses actes, rien d\u2019autre que sa vie.<\/p>\n<p>Et que dire Robert de ta vie si ce n\u2019est qu\u2019elle s\u2019inscrit dans une autre dimension, une pl\u00e9nitude faite de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, d\u2019amour, d\u2019engagement, de labeur, de courage et de bienveillance.<!--more--><\/p>\n<p>Paysan, tu l\u2019es dans l\u2019\u00e2me, je dis bien \u00ab tu l\u2019es \u00bb car un paysan ne meurt pas, il se fond avec la terre dans une jach\u00e8re prometteuse des r\u00e9coltes \u00e0 venir. Je dis \u00ab paysan \u00bb, car tu en es un vrai, dans toute la pl\u00e9nitude que peut porter un mot, un mot plein comme un grain de bl\u00e9 des moissons de Boaz dans les plaines de Bethl\u00e9em. Tu le sais bien toi, que si le grain ne bl\u00e9 ne meurt pas, il ne pourra pas sortir de terre.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/berger.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-4856\" title=\"Photo G\u00e9rard Fages\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/berger-300x198.jpg\" alt=\"\" width=\"267\" height=\"176\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/berger-300x198.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/berger-768x507.jpg 768w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/berger-500x330.jpg 500w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/berger.jpg 1792w\" sizes=\"auto, (max-width: 267px) 100vw, 267px\" \/><\/a>Jules Renard disait, \u00ab<em> un paysan, c\u2019est un tronc d\u2019arbre qui se d\u00e9plac<\/em>e \u00bb. Il y a un peu de \u00e7a dans toi, des racines, mais pas des racines fig\u00e9es, non, juste de la force qu\u2019on prend un moment \u00e0 la terre, comme Ant\u00e9e, ce g\u00e9ant de l\u2019antiquit\u00e9, pour la lui rendre un jour. Et puis arbre parmi les arbres, tu sais qu\u2019on peut communiquer au moyen de ses racines.<\/p>\n<p>Dans leur grande sagesse, les indiens d\u2019Amazonie ne disent pas \u00ab Je suis sur terre \u00bb, ils disent : \u00ab <em>Je suis de la terre<\/em> \u00bb Ils disent aussi \u00ab<em> Si je griffe trop fort le dos de ma m\u00e8re, si je brise les os de ma m\u00e8re, si j\u2019arrache les cheveux de ma m\u00e8re, si je r\u00e9pands du poison sur la peau de ma m\u00e8re ; Pourra-telle un jour me reprendre en son sein ?<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>Toi, tu as toujours labour\u00e9 la terre \u00e0 sa juste profondeur, parce qu\u2019il ne fallait pas la blesser ni l\u2019appauvrir. Tu savais que si un clapas \u00e9tait l\u00e0, patiemment \u00e9rig\u00e9 au milieu de quelque part, c\u2019est qu\u2019il avait un r\u00f4le, qu\u2019il servait d\u2019abri \u00e0 des \u00eatres vivants, tu n\u2019as pr\u00e9lev\u00e9 que les arbres dont tu avais besoin, et tu as toujours refus\u00e9 de r\u00e9pandre des poisons sur les terres de tes anc\u00eatres parce,que, comme le disait Saint-Exup\u00e9ry, tu dois la rendre un jour pure et fertile \u00e0 tes enfants.<\/p>\n<p>Oui Robert, comme ces hommes de la terre, tu as suivi \u00e0 la lettre tous ces pr\u00e9ceptes, comme \u00e7a, naturellement, parce que quelque part on na\u00eet paysan bien plus qu\u2019on le devient, alors maintenant, la terre, ta m\u00e8re, t&rsquo;a repris en son sein, tu as retrouv\u00e9 blotti contre elle le sommeil des nouveaux n\u00e9s, avec une petite nuance, le sommeil des nouveaux n\u00e9s apaise, celui que tu connais maintenant d\u00e9livre l\u2019homme des blessures du temps.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/tonte_mouton.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-4858 size-medium\" title=\"La tonte du mouton (photo Lucette fages)\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/tonte_mouton-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/tonte_mouton-300x225.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/tonte_mouton-768x576.jpg 768w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/tonte_mouton-500x375.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Pour toi, il y avait quelque chose de sacr\u00e9, mais plut\u00f4t pour vous, Th\u00e9r\u00e8se et toi, c\u2019\u00e9tait l\u2019accueil. Cette maison de Correjac toujours pleine de monde, jusqu\u2019\u00e0 pas d\u2019heure. Vous avez su prendre le temps, mais le prendre pour les autres, en fait, vous ne l\u2019avez pas pris, vous l\u2019avez donn\u00e9. Vous avez su \u00e9couter les gens comme vous avez su \u00e9couter la terre, sans les brusquer, comme des jardiniers de l\u2019amour.<\/p>\n<p>La terre a produit, les fruits ont m\u00fbri, les gens ont grandi, ce fut une saison bien remplie. Vous avez accueilli des gens venus de partout, famille ou pas, proches comme \u00e9trangers bienvenus comme autant d\u2019invit\u00e9s au partage de la vie.<\/p>\n<p>A l\u2019heure ou sous le terreau de la b\u00eatise se pr\u00e9paraient \u00e0 germer les graines de l\u2019indiff\u00e9rence et de la haine de l\u2019\u00e9tranger, vous aviez tout compris de cette phrase de la bible : \u00ab<i> N&rsquo;oubliez pas l&rsquo;hospitalit\u00e9; car en l&rsquo;exer\u00e7ant, quelques-uns ont log\u00e9 des anges,<\/i><i>sans le savoir<\/i>\u00bb. Toi le paysan, tu avais en toi quelque chose de l\u2019Auvergnat de Brassens.<\/p>\n<p>Qui pourrait oublier ces soir\u00e9es interminables des ann\u00e9es 70, ces \u00ab<em> bourrus<\/em> \u00bb \u00e0 qui les gens fermaient leur porte sans m\u00eame vouloir les conna\u00eetre. Au contraire, comme Max Yasgur, le fermier de Woodstock, vous la leur avez ouverte, vous les avez accueillis, partag\u00e9 avec eux le pain et le fromage et pass\u00e9 du temps \u00e0 entendre leurs r\u00eaves et leurs utopies.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre voulaient-il simplement les confronter \u00e0 votre sagesse, et je n\u2019en connais pas \u00e0 ce jour un ou une qui, en quittant la maison \u00e0 la porte bleu fan\u00e9 ne vous ait pas b\u00e9nis pour ce moment partag\u00e9 autour de la grande table de ferme.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-4855\" title=\"cliquez pour agrandir\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert-300x287.jpg\" alt=\"\" width=\"244\" height=\"233\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert-300x287.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert-500x478.jpg 500w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2021\/01\/robert.jpg 740w\" sizes=\"auto, (max-width: 244px) 100vw, 244px\" \/><\/a>Et puis, il y a l\u2019engagement, celui d\u2019un \u00e9lu qui pendant des ann\u00e9es s\u2019est mis au service de sa commune. On sait quelle part d\u2019ingratitude peut faire na\u00eetre un tel engagement, mais on sait aussi\u00a0 la part du plaisir que peut procurer un tel mandat.<\/p>\n<p>\u00c9couter et entendre, porter la parole, repr\u00e9senter, contenter, r\u00e9conforter, se d\u00e9mener, agir et d\u00e9cider, donc prendre des risques. Le risque de d\u00e9plaire \u00e0 certains pour satisfaire les autres dans un monde rural ou un mandat \u00e9lectif rel\u00e8ve presque toujours d\u2019un sacerdoce.<\/p>\n<p>Tu vas maintenant rejoindre au panth\u00e9on de la commune ceux qui t\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 ou suivi dans cette charge, et qui mieux qu\u2019un paysan sait ce qu\u2019est une charge. Jean-Claude Lonjeac, L\u00e9once Clavel, Lucien Prieur, et tous ceux que je n\u2019ai pas connus jusqu\u2019au plus illustre d\u2019entre eux ; Charles de Ligonnes.<\/p>\n<p>Il y a de tout dans un homme, des plaines, des champs, des tchestres, des chemins, des bois et des clapas, il y a le vent et ses noms, il y a les bienfaits et les caprices de la lune, et puis<a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=12\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> il y a la chasse, <\/a>ce temps du petit matin o\u00f9 on va quelque part, au hasard. Je me souviens de ces lapins qui jaillissaient des clapas, de ces li\u00e8vres et de ces cailles que tu savais capturer \u00e0 mains nues avec le souplesse d\u2019un f\u00e9lin. Toutes ces choses que toi, le paysan, nous a apprises, nous a transmises car tu sais \u00e0 quel point il \u00e9tait important de conna\u00eetre son territoire pour pouvoir l\u2019aimer.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ciel.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-3207 size-full\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2017\/04\/ciel.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"187\" \/><\/a>Je sais que dans le pays ou tu vis maintenant, le temps est apais\u00e9, les champs emplis de bl\u00e9 et de gibier. Tous ceux qui partageaient nos matin\u00e9es de chasse sont maintenant de l\u2019autre cot\u00e9 de la montagne, sur le travers de l\u2019orient o\u00f9 les journ\u00e9es s\u2019\u00e9tirent vers des nuits \u00e9clair\u00e9es de ros\u00e9e, puis, le soir venu, descendent jusqu\u2019aux plaines apais\u00e9es o\u00f9 chevreuils et chasseurs boivent ensemble l\u2019eau du puits d\u2019o\u00f9 jaillit la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Et puis il y a le monde, la famille, Th\u00e9r\u00e8se, bien sur, tes filles et tes petits enfants, tes ni\u00e8ces, tes neveux, tes amis, et maintenant cette arri\u00e8re petite fille qui fait fleurir des sourires dans l\u2019\u00eele aux parfums d\u2019\u00e9pices et de vanille .<\/p>\n<p>Il y a les temps de f\u00eates, les grillades de chataignes et les <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=150\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">morceaux de fougasse partag\u00e9s autour de la petite fontaine <\/a>en \u00e9coutant le tourne disque gr\u00e9siller des bourr\u00e9es, cette dans que tu aimais tant, la danse de ta jeunesse, la danse des paysans qui l\u00e8vent les bras au ciel et frappent fort la terre du pied pour s\u2019assurer qu\u2019elle est bien l\u00e0, solide et pleine de promesses.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Auxillac-corrjac-lcroix-1689.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-4366\" title=\"La croix de Correjac (photo G\u00e9rard Fages)\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Auxillac-corrjac-lcroix-1689-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"179\" height=\"239\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Auxillac-corrjac-lcroix-1689-225x300.jpg 225w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/Auxillac-corrjac-lcroix-1689.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 179px) 100vw, 179px\" \/><\/a>Voil\u00e0, maintenant tu danses sur des rives qui nous sont encore inaccessibles. Alors pour tout ce temps pass\u00e9, ces d\u00e9couvertes, ces moments de partage, ces temps d\u2019apprentissage, je vais maintenant te parler dans une langue que nous avons si longtemps partag\u00e9e, cette langue de la terre, cette langue du G\u00e9vaudan qui donne du relief aux \u00e9l\u00e9ments, aux murs, aux arbres, aux ombres et aux sentiers.<\/p>\n<p>Cette langue des peurs, des col\u00e8res, des joies, des mythes et des l\u00e9gendes.<\/p>\n<p>Cette langue qui revient parfois au fond des r\u00eaves comme s\u2019il fallait revisiter le pass\u00e9 pour se r\u00e9installer dans le pr\u00e9sent d\u2019un temps d\u00e9raisonnable et reprendre confiance en l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Ahora, te dise lo que me disios a cada cop que ti benio veire : Fai un buen home.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il serait bien pr\u00e9tentieux de vouloir r\u00e9sumer une vie en quelque lignes en laissant les parques d\u00e9rouler le fil du temps aux caprices de quelques dates. R\u00e9sumer un homme \u00e0 son inscription dans le temps revient \u00e0 en faire une simple poussi\u00e8re d\u2019\u00e9toile, mais un homme, c\u2019est autre chose. 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