{"id":5403,"date":"2024-04-21T07:35:12","date_gmt":"2024-04-21T06:35:12","guid":{"rendered":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=5403"},"modified":"2024-10-07T06:39:30","modified_gmt":"2024-10-07T05:39:30","slug":"les-lavandieres-dauxillac","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=5403","title":{"rendered":"Les lavandi\u00e8res d&rsquo;Auxillac"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/ruissseau.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5404\" title=\"La symphonie du Chardonet\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/ruissseau-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"174\" height=\"232\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/ruissseau-225x300.jpg 225w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/ruissseau.jpg 354w\" sizes=\"auto, (max-width: 174px) 100vw, 174px\" \/><\/a><span style=\"color: #0000ff;\"><strong><em>A vous mesdames qui ont fait belle notre vie.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p>Le temps qui passe , c\u2019est un peu comme du linge qu\u2019on repasse, \u00e0 moins que ce ne soit le contraire.<\/p>\n<p>Le temps qui passe, c\u2019est comme une rivi\u00e8re, \u00e7a commence quelque part sans que personne ne demande rien.<\/p>\n<p>\u00c7a nait, \u00e7a sourdre, \u00e7a suinte, \u00e7a r\u00e9surge, \u00e7a coule de source, \u00e7a se faufile, \u00e7a se glisse, \u00e7a s\u2019\u00e9coule, \u00e7a suit son cours, \u00e7a se fait un chemin, \u00e7a serpente, \u00e7a tourbillonne, \u00e7a cascade, \u00e7a chute, \u00e7a tombe sur certains, \u00e7a \u00e9vite les autres comme la vie d\u2019un ailleurs qu\u2019on croit diff\u00e9rent d\u2019ici .<\/p>\n<p>Ici, les rivi\u00e8res coulent entre les mains des femmes, tout simplement, et quand les femmes vont \u00e0 l&rsquo;eau, le ruisseau r\u00e9sonne de leurs coups de battoirs.<\/p>\n<p><!--more-->Pour Germaine, Marthe, Th\u00e9r\u00e8se, Olga et toutes les autres, l&rsquo;eau c&rsquo;est le temps de la\u00a0 lessive, le temps du blanchiment des draps, des chemises de flanelle, des linges du petit dernier, de leur linges de femmes qu&rsquo;elles tachent et cachent au bord du caisson quand l&rsquo;\u00e9picier passe sur le chemin avec une caisse de vin sur l&rsquo;\u00e9paule .<\/p>\n<p>Un linge de femme, c&rsquo;est une affaire de femmes et de filles, pas une affaire d&rsquo;hommes.<\/p>\n<p>Ici, le temps c\u2019est un mouvement qui agite les couleurs sur les berges du Chardonnet. Ici tout se m\u00eale, tout perd son caract\u00e8re. Les tissus qui voilent les corps des unes au regard des autres se m\u00ealent sans pudeur dans la nudit\u00e9 \u00e9ph\u00e9m\u00e8re que laisse entrevoir la symphonie des couleurs fatigu\u00e9es.<\/p>\n<p>Plus de filles, plus de gar\u00e7ons, des tissus et du savon, des fripes qui se m\u00ealent, se frottent, se fr\u00f4lent, s\u2019agitent, se tordent et se retordent sous les mains des lavandi\u00e8res.<\/p>\n<p>Le ruisseau suit son cours, se charge de couleurs, de parfums et d&rsquo;odeurs de savon et de sueur m\u00eal\u00e9es.<\/p>\n<p>La chemise du lundi et le corsage du vendredi c\u00f4toient pour un temps les torchons de la mis\u00e8re dans le bac des souvenirs rafraichis par les rides de l\u2019eau qui efface les marques de la vie sur la trame des couleurs.<\/p>\n<p>Des tissus qui s\u2019empilent comme les jours de la semaine contre les pierres d\u00e9lav\u00e9s par les assauts du chlore et des savons.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/carosse.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5416\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/carosse-300x228.jpg\" alt=\"\" width=\"224\" height=\"170\" \/><\/a>Les femmes parlent et battent le linge avec le s\u00e9rieux des unes qui voudraient punir la vie qui les fatigue depuis qu&rsquo;on leur a dit que la bas, dans les grandes villes, les femmes ont des machines qui lavent le linge toutes seules, mais c&rsquo;est l&rsquo;instituteur qui le dit,\u00a0 alors, celui l\u00e0, c&rsquo;est un franc-ma\u00e7on et le cur\u00e9 a dit que ces gens l\u00e0 mentent comme ils respirent, c&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;elles se signent quand elles le croisent dans la rue ; un menteur est capable de tout.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pour \u00e7a qu&rsquo;on envoie pas les enfants \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole la\u00efque, pour qu&rsquo;il ne leur apprenne pas \u00e0 se prosterner devant Belz\u00e9buth!<\/p>\n<p>Pour Germaine, Marthe, Th\u00e9r\u00e8se, Olga ;\u00a0 pas de machine, la brouette de bois qui porte le caisson, le savon et le battoir, le linge dans la brouette avec la petite derni\u00e8re qui ronge une croute de pain en \u00e9coutant sans le vouloir la symphonie des femmes.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/eau.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-904\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2014\/02\/eau.jpg\" alt=\"\" width=\"146\" height=\"99\" \/><\/a>Ici, la lessive c&rsquo;est toute une musique : des mots, des \u00ab\u00a0<em>han<\/em>\u00ab\u00a0, des rires, des coups de battoirs \u00e0 n&rsquo;en plus finir, du linge qui ruisselle et glisse sur la pierre, des genoux qui se mouillent et du mal de dos, des grossesses pas toujours voulues, des soucis qui se partagent, des nouvelles des enfants, de l&rsquo;ain\u00e9 qui part au r\u00e9giment, de la maison \u00e0 tenir, du travail que les hommes ne reconnaissent pas ; une femme, \u00e7a ne travaille pas, \u00e7a tient la maison, tout simplement, alors pas de quoi en faire toute une affaire.<\/p>\n<p>Le linge est propre, il est temps de charger la brouette, monter la c\u00f4te et repartir vers les affaires de la maison. Ce soir les hommes rentreront du travail ou de la chasse, se diront fatigu\u00e9s, s\u2019assi\u00e9ront et ouvriront le couteau pour trancher le pain et le tremper dans la soupe, comme tous les soirs.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/vendange.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-5418\" title=\"Certaines de ces auxillacoises ont lav\u00e9 leur linge au bord du ruisseau? (collection g\u00e9rard Fages)\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/vendange-300x190.jpg\" alt=\"\" width=\"243\" height=\"154\" srcset=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/vendange-300x190.jpg 300w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/vendange-500x316.jpg 500w, https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/vendange.jpg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/a>Tenir la maison, ce n&rsquo;est pas fatiguant alors pas de quoi en parler jusqu&rsquo;\u00e0 pas d&rsquo;heures.<\/p>\n<p>Ce soir, le linge flottera dans le vent sucr\u00e9 qui descend du Catelmas, ce soir la lune est belle, pleine comme une femme \u00e0 quelques jours de donner la vie, le printemps n&rsquo;est pas loin.<\/p>\n<p>Ce soir, les femmes iront \u00e9tendre les draps sur l&rsquo;herbe du \u00ab\u00a0<em>pradet<\/em>\u00a0\u00bb derri\u00e8re la maison.<\/p>\n<p>Rien ne vaut un clair de lune pour raviver l\u2019\u00e9clat des draps, et c&rsquo;est peut-\u00eatre pour \u00e7a que nos mamies\u00a0 aimaient sourire en regardant la lune.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A vous mesdames qui ont fait belle notre vie. Le temps qui passe , c\u2019est un peu comme du linge qu\u2019on repasse, \u00e0 moins que ce ne soit le contraire. Le temps qui passe, c\u2019est comme une rivi\u00e8re, \u00e7a commence quelque part sans que personne ne demande rien. \u00c7a nait, \u00e7a sourdre, \u00e7a suinte, \u00e7a &hellip; <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=5403\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-5403","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-cetait-hier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5403","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5403"}],"version-history":[{"count":25,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5403\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5531,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5403\/revisions\/5531"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5403"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5403"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5403"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}