{"id":83,"date":"2013-02-22T06:47:49","date_gmt":"2013-02-22T05:47:49","guid":{"rendered":"http:\/\/vivreetecrire.fr\/blog\/blog\/?p=83"},"modified":"2018-04-13T13:06:02","modified_gmt":"2018-04-13T12:06:02","slug":"on-tue-le-cochon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=83","title":{"rendered":"On tue le cochon"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/vivreetecrire.fr\/images\/cochon.jpg\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-341\" style=\"margin: 3px;\" title=\"Cliquez pour voir la tuaille dans la cour de Marijoulet\" src=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/wp-content\/uploads\/2009\/01\/cochon_vi.jpg\" alt=\"On tue le cochon\" width=\"280\" height=\"196\" \/><\/a>Il fait froid ce matin, un vrai froid de f\u00e9vrier, un vent du nord \u00e0 d\u00e9rusquer les fr\u00eanes dans l\u2019aire. Il fait froid comme un matin, comme tous les matins, mais aujourd\u2019hui, on tue le cochon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour faire un bon cochon, il faut la bise, le vent du Nord, celui qui fait cailler les viandes et hurle dans les clapas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Celui qui vient de la haut en haut, passe les montagnes, se charge de froid bien avant Saint-Flour, survole Sainte Urcize, passe par Saint-Chely, puis Saint Pierre de Nogaret avant de venir nous chahuter le b\u00e9ret.<!--more-->Pas possible, ce vent est b\u00e9ni m\u00eame s\u2019il vient de ces pays des esquimaux qui parlent pas patois et qui tuent pas le cochon, ne vont pas \u00e0 la messe mais nous envoient quand m\u00eame le vent. Pour faire froid il fait froid, et plus il fera froid, plus le cochon sera bon. C\u2019est un peu le contraire du reste de la vie o\u00f9 l\u00e0, s\u2019il fait chaud tout va bien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Demain, on veut le beau temps, mais aujourd\u2019hui, plus \u00e7a va serrer, plus \u00e7a va cailler. On s\u2019est lev\u00e9s t\u00f4t ce matin, il faut traire, bien sur, comme tous les jours, mais aussi mettre la grande lessiveuse \u00e0 bouillir sur le tr\u00e9pied. Allumer le feu avec du petit bois. Il faut de l\u2019eau chaude, c\u2019est comme \u00e7a, il y a deux moments essentiels o\u00f9 il faut \u00e0 tout prix de l\u2019eau chaude : la naissance d\u2019un enfant et la mort d\u2019un cochon. Il y en a d\u2019autres, mais c\u2019est pas la m\u00eame urgence, pas le m\u00eame besoin, pas le m\u00eame rituel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hommes ont fini de traire, les femmes ont pr\u00e9par\u00e9 l\u2019omelette pour les hommes et les torchons pour le travail \u00e0 venir. En bas, les poules picorent les derniers grains jet\u00e9s \u00e0 la vol\u00e9e entre la traite de la Brune et de la Boucharde, le jar blanc tourne en rond, g\u00ean\u00e9 et intrigu\u00e9 par les volutes de vapeur qui s\u2019\u00e9chappent de la lessiveuse ;\u00a0 pour lui, ce feu n\u2019a rien de bon. Petit \u00e0 petit, les voisins arrivent, prennent le caf\u00e9, tirent les plans sur la journ\u00e9e, parlent de celui qui va mourir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ils veulent tout savoir, d\u2019o\u00f9 il vient, ce qu\u2019il a mang\u00e9, enfin bref, parlent de la vie qu\u2019ils vont lui prendre dans quelques minutes. Le temps du sacrifice est venu, les officiants d\u2019un jour en planifient le d\u00e9roulement sans failles : \u201c<em>Bon allez, on y va, je rentre dans la sout. Quand il sort, toi tu le prends par l\u2019oreille, toi par cette patte, toi tu le bascules, et toi, mon petit, tu le tiendras par la queue\u201d<\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout se d\u00e9roule sans faille, \u00e0 la minute pr\u00e8s, la b\u00eate sort, les hommes bondissent, attrapent, tirent, trainent, soul\u00e8vent l\u2019animal terroris\u00e9 jusqu\u2019au banc du sacrifice. Il faut faire vite, l\u2019animal ne doit pas \u201c<em>se carabirer\u201d<\/em>. En un mot, il ne doit pas avoir peur, sinon la viande sera mauvaise. Pour le bien-\u00eatre de l\u2019homme qui va profiter de sa d\u00e9pouille, il faut que la b\u00eate meure contente, g\u00e9n\u00e9reuse, rassur\u00e9e et heureuse de ne plus vivre&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le reste se passe dans d\u2019abominables hurlements, le couteau plonge dans la gorge du cochon, les enfants se bouchent les oreilles, le sang jaillit sur les mains de la femme qui remue en grima\u00e7ant le seau du sang pour le boudin, le jar blanc tourne en rond en hurlant, les chiens courent dans tous les sens, la b\u00eate se carabire et la mort \u00e9tend l\u2019ombre de ses ailes noires sur le courtiagas.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La b\u00eate s\u2019affaiblit, soubresaute, ses yeux prennent la couleur de la vitre embu\u00e9e, puis se ferment sur ce monde qui a plus que jamais besoin d\u2019elle pour s&rsquo;alimenter.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On am\u00e8ne l\u2019eau bouillante, on verse, on gratte, on gratte encore, on frotte, on lisse, on toilette l\u2019animal. On le met sur le dos, cal\u00e9 entre quatre estelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec minutie, le tueur ouvre le ventre de l\u2019animal, deux femmes s\u2019approchent avec une corbeille et des torchons, recueillent la ventr\u00e9e et s\u2019en vont vers la fontaine la laver<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les hommes d\u00e9coupent la carcasse, donnent des morceaux aux plus petits qui les montent sur la table, la haut, dans la maison.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il fallait que la b\u00eate meure, la b\u00eate est morte, tout le reste n\u2019est que travail et routine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Demain, on ira tuer l\u2019autre b\u00eate chez untel, puis jeudi une autre la haut, \u00e0 Marijoulet, une truie qui a plus de petits. Il parait que si la truie est en chaleur -\u00e7a veut dire qu\u2019elle veut qu\u2019un m\u00e2le l\u2019aime malgr\u00e9 le froid- on la tue pas parce qu\u2019elle est \u201c<em>de caille<\/em>\u201d mais parce que que la viande \u201c<em>caille pa<\/em>s\u201d. Il faudrait savoir ce qu\u2019on veut quand m\u00eame, je trouve cela un peu compliqu\u00e9\u2026il n\u2019y a qu\u2019une chose de rassurante la dedans, c\u2019est qu\u2019une truie peut \u00eatre sauv\u00e9e par l\u2019amour, alors pourquoi se priver d\u2019aimer si c\u2019est le seul moyen de vivre?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En attendant, m\u00eame si le soleil monte doucement sur Rochalte, Il fait froid, c\u2019est un soleil noir, il y a la bise, \u00e7a serre comme pas possible : Un vrai temps de cochon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La journ\u00e9e va se passer comme une journ\u00e9e de tuaille, puis ce soir chacun s&rsquo;en retournera chez lui en emportant la pr\u00e9cieuse assiette pli\u00e9e dans le torchon \u00e0 carreaux. A l&rsquo;int\u00e9rieur, un morceau de pourquet, du lard, un tour de saucisse, un fricandeau,deux pi\u00e8ces de boudin et un bout de trouchette pour les tout petits.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le soleil est couch\u00e9 depuis longtemps ; la haut, la truie de Marijoulet tourne nerveusement dans sa sout en sentant son ventre refroidir.<\/p>\n<p style=\"text-align: left;\"><iframe loading=\"lazy\" src=\"\/\/www.dailymotion.com\/embed\/video\/k5iUl7bBDhhQ2dqzn8T\" width=\"480\" height=\"270\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il fait froid ce matin, un vrai froid de f\u00e9vrier, un vent du nord \u00e0 d\u00e9rusquer les fr\u00eanes dans l\u2019aire. Il fait froid comme un matin, comme tous les matins, mais aujourd\u2019hui, on tue le cochon. Pour faire un bon cochon, il faut la bise, le vent du Nord, celui qui fait cailler les viandes &hellip; <a href=\"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/?p=83\">Lire la suite &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"video","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-83","post","type-post","status-publish","format-video","hentry","category-cetait-hier","post_format-post-format-video"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/83","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=83"}],"version-history":[{"count":26,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/83\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4462,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/83\/revisions\/4462"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=83"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=83"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/vivreetecrire.fr\/wp\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=83"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}