Le diable et le paysan

paysanIl y avait, dans un petit village de quelque part dans l’imaginaire de nos campagnes, un paysan pour qui rien n’allait jamais comme il fallait.

Ce n’étais pourtant pas faute de trouver des responsables de ses misères puisque à ses dires tout le monde se liguait contre lui pour lui faire la vie impossible.

Qu’il s’agisse du temps, du vents, de la pluie ou tout simplement de la nuit, rien ne convenait jamais. Les pommes de terre ne faisaient pas, les blés étaient clafis de bleuets et de coquelicots, les luzernes montaient, les veaux ne grossissaient pas, et jusqu’au coq qui avait perdu la boussole et le réveillait trois fois dans la nuit.

Rien n’allait jamais comme il  fallait, et tout était sans aucun doute  la faute de son voisin qui, à ses dires, aurait vendu son âme au diable, ce qui expliquerait les misères qui s’abattaient sur lui.L’homme vivait seul, ni femme ni enfants « Une femme? pour quoi faire…partager la misère et tirer le diable par la queue du matin au soir? »

En réalité, notre homme était jaloux comme un tigre et radin comme une pigne verte. Mais ce qui l’agaçait au plus haut point, c’était l’insolente réussite de son voisin qui, lui ne se plaignait de rien et menait son petit bonhomme de chemin.A tourner et retourner ses rancœurs dans tous les sens, l’homme finit par appeler le diable à la rescousse pour résoudre cette situation qui ne pouvait plus durer.

Dans nos campagnes, le diable est si peu souvent sollicité qu’il ne se fait pas prier pour venir acheter une âme en peine, aussi vint-il de bon matin le visiter.«Qu’as tu à geindre et qu’attends-tu de moi?  » lui cria le démon dans un rictus qui lui glaça sang et os. «Tu ne m’as pas déplacé pour me donner ton âme sans conditions? »L’homme n’était pas que pingre et  jaloux, il était aussi roublard et se dit que le moment venu où son vœu aurait été exhaussé, il pourrait toujours racheter son âme à coups de pater noster et de quelques messes offertes aux âmes du purgatoire afin qu’elles intercèdent en sa faveur.«Diable », lui dit-il,«je n’en peux plus de  trimer comme un malheureux alors que mon voisin pavane comme un dindon dans une basse-cour. Je veux que tu me donnes des richesses ou un moyen infaillible de posséder plus que lui » .

Lucifer, qui avait lu dans les pensées du manant, lui rendit la monnaie de sa pièce en lui faisant cette  proposition : «Tu sais que je ne peux pas faire tout ce que je veux car l’enfer que je gouverne est un équilibre avec le ciel qui m’a chassé. Je vais donc faire quelque chose pour toi, mais à toi de me dire ce que tu veux. Je te laisse une semaine et quand je reviens tu me fais ta demande, mais n’oublies pas une chose ; ce que je te donnerai, j’en donnerai le double à ton voisin… » et le diable s’en retourna en enfer fouetter d’autre pécheurs.

Pour le paysan, vint le temps des nuits blanches et des journées à se morfondre.Tout ce qu’il pouvait bien demander donné en double à son voisin? l’argent, les terres, la richesse, l’abondance de récoltes…Il eut beau tourner et retourner dans sa tête, rien de ce qui pouvait le satisfaire ne devait aller en double ration chez son voisin

L’homme n’en pouvait plus et décida de devancer l’appel au malin, lequel ne se fit pas prier pour venir chercher l’âme promise en échange du bienfait. «Alors, que veux-tu? Tu te souviens que quoi que je te donne, j’en donnerai le double à ton voisin » «Diable si je le sais » lui répondit le paysan «Fais ton ouvrage, crève moi donc un œil, et n’oublies pas de tenir ta promesse en passant chez le voisin ».

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