L’accordéoniste de la rue de l’Opéra

accordeonIl fait chaud comme en été dans cette rue de Vienne où les gens vont et viennent sans rien voir autour d’eux. Le trottoir, la rue, les gens, les boutiques, les chiens ou les oiseaux…Tout ici passe inaperçu tant la ville est frappée de grandeur.

D’immenses monuments témoignent d’un passé riche et abondé. La ville est fière, ses maisons  hautes font front à ses grandeurs passées.

Dans la tiédeur de le rue ou les gens vendent et viennent, un petit accordéoniste joue inlassablement le repas de demain. Il joue l’air que lui a appris son grand-père, un air qu’il tenait lui même de son père. un air qui remonte si loin qu’on ne sait plus de quoi il parle, ou qu’on ne le sait qu’un peu, à moins que les adultes ne le sachent tellement trop et le taisent pour oublier.

Les doigts de l’enfant cheminent sur l’escalier de son piano à bretelles, un escalier de marches noires et blanches qui remonte de ses hanches vers ses grand yeux couleur de nuit sans étoiles.

Le temps passe vers le soir, le monde passe sans le voir, l’instrument de plus en plus lourd plombe ses épaules endolories.  Seules quelques femmes muettes de cire partagent, du loin de leur vitrine, la solitude languissante du petit joueur d’accordéon.

Il joue, joue pour oublier que dans cette ville d’abondance et de grandeurs, ceux qui sont nés sur des rives lointaines doivent se lever tôt pour voir le soleil.

Il joue pour oublier que chez les gens du voyage, les chiens ne sont pas des compagnons mais des menaces qui leur mordent les mollets quand ils frôlent de près les maisons des nantis.

Il jour pour oublier que sa mère a le ventre plein d’un petit frère ou d’une petite sœur qui sera bientôt une bouche de plus à nourrir depuis que son père est tombé de cette échelle et s’est brisé quelque chose dans le dos, quelque chose qui l’empêche de marcher et leur rend la vie impossible.

Il joue pour oublier l’école où il n’a as le temps d’aller, mais un garçon on lui a dit qu’on y apprenait à lire des lettres qui collées une à l’autre comme des notes de musique mettent la vie en chansons avec des courbes et de rondeurs.

On dit qu le soleil se lève et brille pour tout le monde, mais le soleil est comme le feu dans les foyers des pauvres, ou bien comme le froid qui gerce les mains des femmes qui lavent le linge dans le Danube. Il ravage et brûle à tout va ce qu’il reste à brûler avant de ne laisser quand il s’éteint que l’angoisse du lendemain, la peur du moment où il piquera à nouveau ceux qui n’ont pas de toit pour s’en abriter, de lieu pour s’en éloigner, de gants pour s’en protéger.

Dans la rue aux mille passants gonflés d’ennui et de bombances, le petit accordéoniste dort les yeux grand ouverts en jouant l’air de son grand-père. Seule une piécette vient de temps en temps troubler son sommeil d’enfant éveillé trop tôt par les coups de la vie.

Il rêve, rêve que tout va bien, qu’il aura bientôt assez d’argent pour prendre le train, et aller voir la bas, de l’autre coté des montagnes si au pays de ses cousins d’Andalousie les filles aux grands cheveux marchent d’un pas aussi léger qu’une brise de printemps qui accompagne la lumière.

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