Que Dieu protège les enfants.

Ma mère

Il est un mal insupportable qui frappe nos contrées, mais ce mal n’est rien à coté de la douleur de vois disparaitre les enfants.

Tout a commencé à Correjac, le village qui m’a vu naître, mais le mal est partout et emporte ces petites âmes avant qu’elles n’aient pu voir se dessiner un avenir.

Dans nos campanes où la misère côtoie, hélas, bien souvent le quotidien des habitants, les enfants des familles moyennes ou pauvres commencent à travailler très tôt, parfois dès l’âge de sept ans. Ils travaillent principalement dans les fermes comme bergers, vachers ou apprentis, et quittent souvent leur domicile pour ce faire.

Nos villages offrent aux enfants les plaisirs des jeux dans la nature, l’agrément d’un air et d’une eau pure, mais ils ne constituent pas pour autant un domaine protégé. Les maisons sont dangereuses, avec leur foyer ouvert, sans cheminée, dans lequel peuvent se brûler  les enfants, quand ils ne font pas tomber en courant les marmites d’eau bouillante ou les lessiveuses.

Par la porte toujours ouverte vont et viennent les animaux domestiques, parmi lesquels les porcs, souvent responsables de graves morsures quand ils ne tuent pas les nouveaux nés. Les enfants risquent aussi la noyade dans les béals ou les réserves des moulins, leurs corps innocents  subissent parfois la violence et les agressions coupables  des maîtres ;  mais cela semble bien peu à coté des morsures de la maladie.

Ces pauvres petits sont les premières, et en tout cas les plus impactées par le fléau qui frappe les familles. Ces enfants ne comprennent rien à ce qui se passe autour d’eux , la peur et l’angoisse des adultes les déroutent et les poussent à se blottir, quand ils le peuvent, sur le sein de leur mère, et quand cette mère est atteinte par la maladie, l’issue ne peut être que fatale.

Un enfant reste un enfant, insouciant, joueur et confiant en l’avenir. La maladie leur ôte tout cela, en fait des proies que d’aucuns n’hésitent pas d’ailleurs à exploiter, leur faisant réaliser de plus en plus de tâches ingrates, Dieu saura leur demander des comptes le moment venu car comme il est dit dans l’évangile : “ce que que vous faites au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous le faites”.

Je connais beaucoup de ces enfants, ayant consacré ma vie au service de notre seigneur, je n’en ai point porté, mais j’ai porté leur salut en essayant de leur donner un avenir, leur apprendre à mieux comprendre les éléments qui les entourent, à lire et à compter, bien peu de choses en réalité, mais le seigneur nous a donné sur cette terre l’obligation de les accueillir, lui qui a dit un jour  “laissez venir à moi tous les petits enfants”

Ma mère, ce que je, vis est terrible, un enfant ne comprend pas toujours la souffrance qui étreint son corps, ses larmes et ses cris s’effacent doucement et la flamme de la vie que nous leur devons s’éteint peu à peu comme une bougie dans notre belle église.

Il est de plus en plus difficile de trouver un prêtre pour les mettre en terre, et le curé Boissonnade est écrasé de douleur devant ces petits cercueils, à chacune des cérémonies, il ne peut retenir ses larme car il connaissait et aimait ces petits enfants.

Priez pour eux ma mère, prions pour nous et que Dieu leur épargne les ravages de la maladie.

Votre dévouée, Sœur Germaine du Christ roi.

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