On va faire des cabanes avec papa.
Posted on 11 mars 2026 in La Peste, Non classé
Correjac est bloqué depuis quelques semaines, tout comme la Canourgue et Montferrand.
Les médecins et les chirurgiens examinent les cadavres et sont formels, ce n’est ni la misère ni l’impiété qui sont à l’origine de la maladie, mais bien une contagion qu’il est urgent de contenir.
Face à la virulence du mal, les autorités viennent d’imposer des mesures radicales. La cinquantaine de survivants doit quitter le hameau de gré ou de force pour vivre dans des huttes précaires aménagées à la hâte sur la montagne voisine, au pied du bois, vers le Planet ou ” lou champ del bos”. Le lieu s’y prête, il y a du bois pour se chauffer et une source qui coule à l’année sans tarir, c’est d’ailleurs de cette eau pure que les habitants de Correjac s’approvisionnent
A douze ans, Maria et François ont entendu les conversation des adultes et n’en ont pas perdu une miette. On va faire des palissades gardées par les soldats, et il ne faudra pas les franchir. L’idée plait à François ; construire une cabane avec papa, les voisins et les soldats qui sentent fort le vinaigre et le thym ne lui déplais pas, bien au contraire : “on pourra jouer à cache cache dans le petit bois”
Les hommes se sont concertés, le médecin de Marvejols dit que pour arrêter cette maladie, il faut abandonner les maisons et aller s’installer ailleurs, ne pas revenir au village sous peine de punitions, et si les habitants de Correjac insistent, on brûlera la village.
Marius, le papa des deux jumeaux élève quelques brebis dans la petite bergerie en bas du village, le reste du temps, en journalier, il travaille à la tâche pour les tisserands de la Canourgue.
Comme les paysans précaires de cette époque, il tisse des cadis, des sortes de carrés de laine qu’il va vendre à la foire à La canourgue ou à Saint-Laurent, mais les soldats ont dit que les marchés et tous les échanges de tissu allaient être interdits.
La semaine passée, il a vendu quelques cadis à la foire à la canourgue, il y a acheté une jolie mante pour sa fille Maria. cette mante bleue qu’elle porte aujourd’hui, certes point neuve mais en assez bon état,
Depuis ce matin, Maria frissonne, il fait pourtant beau temps en ce printemps, et point n’est besoin de se draper dans la mante, mais elle a froid, ou plutôt tantôt froid, tantôt chaud. Elle ne partage pas la joie de François à l’idée de construire des cabanes, elle a mal dans l’aine et ne souhaite qu’une chose, aller se coucher.
La journée passe, doucement, les enfants rentrent pour la soupe du soir, Mari n’a pas faim, son aine la fait de plus en plus souffrir, sa respiration est saccadée.
Elle n’attend qu’un chose, aller dans leur lit et se blottir contre son frère jumeau.