Les deux écoles
Posted on 5 avril 2026 in C'est la vie
Il y avait, autrefois, dans un siècle passé, donc oublié, un village qui abritait deux écoles.
Tous les contes de fée ajoutent à ce verbe ,le mot paisiblement, et pourtant, à Auxillac, cet adverbe n’avait pas forcément droit de cité.
Voila pourquoi la commune d’Auxillac a été le laboratoire des évolutions de l’enseignement dans nos campagnes, et maintenant dans nos villes.
Dans la dernière décennie du dix neuvième siècle, les politiques de la troisième république ont mis en œuvre un certain nombre de dispositions législatives pour diminuer l’influence du clergé sur l’enseignement, en séparant clairement ce qui relevait de la croyance, et donc du domaine privé de chaque individu, et ce qui relevait de l’éducation, qui devait être neutre et ne pas être mêlée aux croyances .
Une étrange modernité de cette vision d’avant garde toujours d’actualité alors que fleurissent de plus en plus d’école sous influence des diverses religions dites “du livre”. Singulière association dès lors qu’il s’agit d’apprentissages ; que dit le livre?
On est en droit de s’interroger, quand on vit dans un village, sur l’histoire des temps qui ont façonné nos représentations, construit nos identités, ont fait de nous ce que nous sommes, et donc nous donnent le droit d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, car comme le disait Jim Jones à Guyana, “celui qui oublie son passé est condamné à le perpétrer.”
En 1900, à Auxillac, l’éducation -pour ne pas parler d’enseignement- est aux mains du clergé, ce qui est d’autant plus logique puisque le maire du village est le supérieur du grand séminaire de Mende, et sera, à partir de 1906, consacré évêque de Rodez et d Vabres, mais là n’est pas la question, il repose depuis plus d’un siècle dans la cathédrale de Rodez, qu’il y repose en paix!.
Le climat de l’époque n’est pas au beau fixe, et en 1903, le petit village du Paven voit sortir de terre une nouvelle école, l’école laïque. le clergé réagit rapidement, et en chère les prêtres n’hésitent pas à qualifier cette école d’école du diable, allant jusqu’à menacer d’excommunication les parents qui y mettraient leurs enfants.
L’école est restée sans élèves pendant des années, mais l’instituteur, comme tous ses collègues, avait ordre de l’ouvrir tous les jours et d’y faire en hiver fumer la cheminée.
Ces hommes que l’on surnommait “les hussards noirs de la république“, étaient souvent franc-maçons, comme la plupart des inspecteurs d’académie de l’époque. Une raison de plus pour les ostraciser et monter la population contre eux. On raconte que les dames du village cousaient sur les chemises de leurs bambins une médaille du sacré cœur pour les protéger du maléfice. Elle avaient souvent sur elles une fiole d’eau bénite dont elles jetaient quelques gouttes dans le dos de l’instituteur ou sur les murs de l’école du diable.
Les enfants avaient pour recommandation de ne rien accepter de ces hommes. l’un d’entre eux était pourtant fors aimable et attirait les enfants le soir avec des bonbons pour leur donner quelques cours en cachette. J’ai compilé ici quelques unes des histoires que me racontait ma grand-mère née en 1902.