Les femmes aussi font la guerre.

guerreComme c’est étrange, la guerre et la paix sont deux mots qui s’habillent au féminin, et pourtant on m’a toujours dit que c’était avant tout des affaires d’hommes.

Je me demande si ce ne sont pas les hommes qui ont inventé cette ruse grossière pour entraîner les femmes dans une aventure qu’elles ne voulaient pas partager avec eux.

 

Quelle aventure ?
Comme si la guerre était une aventure !
Une aventure, c’est quelque chose qu’on vit, parfois qu’on veut, éventuellement que l’on aurait bien aimé éviter…
Mais la guerre ce n’est rien d’autre que la mort qui rôde dans tout un pays.

Pour une femme, la guerre c’est l’attente.
d’un mari, d’un fils, d’un frère, d’un fiancé, ou tout simplement d’un voisin
Une attente insupportable, plombée par le doute et la peur
La peur du temps qui passe et égrène un à un les épis de l’oubli
la peur des messagers de malheur
la peur du facteur
la peur des gendarmes
la peur du maire et du curé
la peur des cauchemars qui peuplent les nuits interminables…

La guerre, c’est le manque
la manque de l’autre
le manque d’amour
le manque de tendresse
le manque ressenti d’un ventre que le temps privera bientôt du pouvoir d’enfanter
le manque de tout ; de temps, de biens, d’argent,
la méfiance des beaux-parent.

La guerre c’est travailler pour trois
Faire à la place des hommes
Faire son travail de femme
Faire son travail de mère
Trimer, s’user, s’épuiser et parfois mourir près du front en soignant les blessés.

La guerre, c’est la solitude, le froid, le petit dernier qui s’enrhume, la paire de bœufs qui vieillit, les lettres qui n’arrivent pas, le bois qui déchire les mains, le pétrole qui manque, le cheval à ferrer, la nourriture qui se fait rare, l’attente interminable de celui qui reviendra peut-être, ou qui ne reviendra pas.

Il y a ceux qui reposent en paix, et ceux qui retournent vers la paix.
Et faire la paix c’est parfois plus difficile que de faire la guerre
La guerre, c’est aussi la peur de ce retour,
La peur de celui qui reviendra
La peur de ne plus le reconnaître
Cette peur secrète, indicible, profonde, tenace
Cette peur que les femmes des soldats n’ont jamais pu partager
Cette question qui leur donne mal au ventre
« Et s’il ramenait la guerre avec lui ?»

Guy Lévêque, 11 novembre 2014

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