Le cowboy de Trois rivières

cow-boy5C’est une journée comme une autre à l’angle de la rue des Forges et de la rue Notre dame. Les gens vont et viennent au rythme de l’ennui.

Aux trois rivières, il est trois heures pour tout le monde, ou presque…..

Un homme est là, assis à une terrasse de café. Son chapeau légèrement rabattu sur le front, il semble attendre quelque chose ou quelqu’un. A le voir de plus près, il est difficile de lui donner un age. Son visage est halé comme un cheminot des grandes plaines, ses yeux sont si clairs que l’on peine à en saisir le couleur. Tout ce qu’on peut voir, c’est qu’ils guettent  quelque chose, là bas, tout au bout de la rue.

Quelque chose qui tarde à venir, mais l’homme a tout son temps. Dans le monde qui est le sien, Il a du temps parce qu’il s’en donne, qu’il en prend et qu’il en laisse un peu pour le lendemain.

A vrai dire , le temps importe peu. Il est bientôt minuit à Rome, et quelque part, il est trop tard, mais ici et maintenant le cowboy des trois rivières attend son temps.

cow-boy1On ne sait pas vraiment d’où il vient ni où il va, c’est là le propre des cowboys solitaires. Son nez d’aigle, son visage cuivré et buriné  par les ans laissent penser que du sang indien coule dans ses veines, à moins qu’il ne soit la synthèse d’un cowboy et d’une squaw dans ce pays où les colons ont souillé sans vergogne les femmes et les rivières.

On raconte ici que beaucoup d’indiens dépossédés de leurs terres ont fini par perdre la raison ou sombrer dans l’alcool.

Dans son monde, qui n’est pas celui de la rue des Forges ou de la rue Notre Dame, mais un carrefour sur la route d’El Passo, un nuage de poussière s’élève là bas au loin, si loin que seul son regard d’aigle peut le percevoir au delà des gaz des voitures qui pourrissent l’atmosphère.

Il trésaille, son regard se durcit ; il a vu ce qu’il voulait voir. Un cavalier approche et menace la ville : Emmet Dalton, Buch Cassidy ou Jessy James? Peu importe, ici, les coyotes ne sont pas les bienvenus.

Lentement, en mesurant tous ses gestes, le cow-boy des trois rivières se lève et se tourne vers l’ouest, avance doucement et se plante droit sur le bord du trottoir, jambes écartées pour trouver son équilibre sur la terre de ses ancêtres.

« Il se sent bien dans sa folie. » s’amuse un client  infatué de son  appartenance illusoire à un monde de gens normaux.

cowboyMonsieur, vous avez raison, cet homme se sent bien dans son monde, mais tout s’arrête là. Ce monde vaut bien le votre parce qu’il est à sa mesure, qu’il y trouve sa place, sa juste place. Cet homme n’est pas fou ; il rêve.

Il rêve que tout va bien
rêve qu’il a un coin
rêve qu’il dansera ce soir au saloon avec Pearl Chavez, Rose Dunn ou Calamity Jane.

Il danse

il danse pour faire venir la pluie
il danse pour apaiser le vent qui assèche les prairies
il danse pour faire revenir la femme aux yeux vert de gris qui se glisse nue dans l’eau quand le soleil abaisse ses rayons.

Il danse parce qu’il sait qu’un jour il sera trop vieux pour danser, trop vieux pour faire justice et nettoyer la ville.

cowboy4Il sait qu’un jour, dans le temps qui lui reste, un cavalier viendra, plus jeune, plus fort, plus rapide que les autres, et sur la toile de ses rêves les plus fous, il voit briller dans un éclair l’abeille de cuivre chaud qui lui ouvrira toutes grandes les portes du paradis de ses héros.

Trois rivières, juillet 2015

Post liminum : J’ai rencontré cet homme et j’ai imaginé son histoire, mais j’ai voulu en savoir plus sur lui et j’ai découvert une autre facette de ce personnage que je partage volontiers avec vous ci-dessous.

Comments are closed.