La colère du cheval blanc
Posted on 21 décembre 2025 in Un jour
Tu la connais pas, toi, cette histoire.
C’est celle du cheval blanc.
Tu connais pas le cheval blanc? C’est normal, il te demande rien , c’est un cheval comme un autre, blanc, bien sur, comme l’écume qui pare son encolure.
Je dis ça, mais on sait pas, c’est juste une histoire de cheval, alors va savoir, lui il sait mais toi tu sais pas parler cheval, alors tu laisses venir,
Hue donc !
On raconte qu’en 1921, ou peut-être un peu après, et peut-être un peu avant, le cheval blanc s’est emballé, on dit qu’il passait par dessus les bottes des hommes au fond du Paven. Gérard dit que c’est en 1933, alors, c’est entre les deux guerres, mais il faut toujours une guerre pour marquer les sauts du temps ; les chevaux savent sauter…
Bien sur, toi tu n’étais pas là et les autres sont partis sans demander leur reste, enfin, c’est ce qu’on dit On dit qu’ils avaient fait la guerre et qu’ils avaient mal aux yeux. On parle de bleuets, la fleur qui soignait leurs yeux, tu sais bien, celle du centaure Chiron qui avait soigné les yeux d’Achille, mais vas savoir, c’est loin tout ça, et si ça se trouve c’est pas tout à fait vrai.
Nous on parle du cheval blanc, pas du centaure.
Celui là, si tu l’agaces, il rue dans les brancards, c’est une façon de parler, mais il faut savoir parler cheval. Toi, tu sais pas, mais lui il sait. La guerre, les brancards, tout ça, ça lui parle cheval . Hue donc!
Il en a marre
– de flâner au pied du roc de Jouon, le refuge du serpent volant.
– de s’étirer sans avoir le droit de sortir de son lit à une place
– marre de pas avoir son coin
– marre de pas pouvoir voyager,la bas, vers le lot
– marre de tout, des prés et des chemins
Alors il bande ses muscles de cheval, il rue et il écume ; et il sort , il vadrouille, il fouille le sol, il longe les haies.
Il fait le fou parce qu’il trouve ça beau.
Ma voisine Marcelle m’a raconté qu’un jour, le cheval blanc et le chardonet s’étaient mis en colère en même temps, et que les enfants de Correjac et de Cadoule ne pouvaient pas traverses au monument pour monter à Auxillac.
Il y avait là un monsieur Astruc, dit “Le Boujouguel” qui prenait les enfants dans ses bras, les mettait sur le dos de ses bœufs et leur faisait traverser les flots.
Grace à ce gentil monsieur, qui d’ailleurs coupait le feu pour soulager les blessés, les enfants ont pu aller se réchauffe auprès du poêle de la petite école et continuer à rêver à toutes ces belles histoires qu’on apprend dans les livres.