Tout cela n’est que vent.

girouette1 Le vent, c’est comme un colporteur ou un marchand d’huile d’olive

On ne sait pas forcément où il va ni pourquoi il est là, mais on se demande toujours d’où il vient

On fait toujours comme ça avec les gens qu’on ne connaît pas bien, qu’on ne connaît pas du tout ou qu’on ne voudrait pas connaître. On se fiche bien d’où ils peuvent aller et pourquoi ils y vont, et le plus vite ils fileront et le mieux ce sera.

Par contre savoir d’où ils viennent, ça c’est une autre histoire….

Qui sait d’où il sort celui là?

Pour le marchand d’huile ou le fripier, on se pose des questions, qu’on ne lui pose pas forcément, ce qui permet d’avoir une idée de la réponse et chacun a sa petite idée.

S’il boite, c’est qu’il a sûrement eu la polio quand il était petit, où alors qu’une jument lui a marché sur le pied ; mais peut-être  a t-il été blessé à la guerre d’Algérie…

S’il est pas rasé de frais, il nous roulera sur la monnaie parce qu’il ment comme il respire, et alors s’il sent fort le vin, il va dire des gros mots devant les enfants et battre sa femme en rentrant ce soir.

Et puis ça dépend s’il vient du nord ou du midi, il ne vendra pas la même chose.

Mais bon passons, il n’y a pas plus de marchand d’huile que de beurre aux fesses du fripier.

Tout ça c’est que du vent et il n’y a pas encore de girouettes pour repérer d’où peuvent bien venir les hommes, c’est toute la différence avec le vent, et justement ; en parlant du vent….

S’il vient du nord, c’est bon pour tout. Il mènera du froid, c’est sur, mais c’est bon pour cailler le cochon et saler le jambon, couper des arbres à la lune vieille et chercher les lièvres en plein vent.

C’est le vent de la musique, l’Aquilon, celui qui se fend sur la tuile ou l’angle de la remorque. Il souffle, il siffle, il hurle, il tourbillonne et pourtant c’est un vent médecin parce qu’il empêche les microbes de s’installer dans les maisons. D’ailleurs on dit qu’il fait sortir le médecin par la porte quand il se glisse sous l’appui de la fenêtre.

C’est le vent des esquimaux, il parle pointu comme les dents d’un morse parce qu’il se cogne sur les icebergs et qu’il se griffe sur les cimes de la montagne noire, c’est normal qu’il ait un accent de viking en colère.

Quand les nuages gonflent le ciel, il se fait bise noire et apporte du froid et de l’humidité, et parfois quelques pluis fines.

L’été, c’est le vent qui fait chanter les frênes et les érables, c’est l’Eissaure, le léger. L‘hiver, il se fait sire, c’est lui qui habille les chemins en creux du manteau des congères. L’automne, il envoie les feuilles au diable et fait chanter les ocres de la montagne. Le printemps, il se fait brise légère pour faire se courber les jeunes blés.

C’est le moment où le vent se fait femme, on ne sait pas trop qui caresse qui.

C’est le bon vent.

S’il vient de l’est, c’est le Souguédré, le vent de l’aube. Il mènera du froid et du sec, mais il n’en faut pas trop et il ne  faut pas trop qu’il dure. Il est frisquet parce qu’il vient juste au lever du soleil et qu’il s’est chargé de froid pendant son voyage de la nuit, là bas, sur les montagnes du Caucase, et puis il a frissonné en survolant les champs de bataille de la grande guerre. Ce vent suit le soleil comme son ombre alors il passe à un moment ou un autre sur le plaines ou errent encore les ombres des soldats défigurés.

D’ailleurs, quand il souffle trop fort, il fait tinter de temps en temps le clocheton du glas.

Ce vent, si le curé a le malheur de le bénir le jour des rameaux, on le garde au moins pendant quarante jours et là ; « gare à la sécade! » Heureusement qu’il vient de là bas, de chez les rouges, et tout le monde sait que les bolcheviks ne se bousculent pas dans les églises alors il n’y a pas de raisons que nos curés bénissent leur vent, ou alors c’est qu’il a tourné pendant la messe et que le curé n’y a rien vu, à moins que la girouette ait eu- comme les jeunes paroissiennes qui sentent leur corsage se gonfler- la tête un peu ailleurs.

On dit que c’est la Traversana alta, c’est pas forcément un mauvais vent à part cette histoire de bénédiction des rameaux qui fait qu’après pendant quarante jours il n’y a pas moyen de s’en dépêtrer. On dit qu’il affole les girouettes, mais après tout elles sont bien libres, si elles le veulent, de tourner le nez au vent.

On sait pas si ça vient des cosaques, mais ce vent s’amuse souvent à soulever les jupons des filles à la sortie de la messe de onze heures. C’est normal, la grande porte de l’église regarde vers le levant. C’est bien d’orienter à l’est les portes des églises, mais pour y rentrer il faut tourner le dos au jour qui vient, et quand on sort, la lumière vient d’ailleurs, c’est un peu compliqué comme symbole et ça fait beaucoup rire les mécréants, mais bon, les symboles sont toujours compliqués, il sont comme des danseuses d’orient, ils se dévoilent en se voilant, et ils se voilent en se dévoilant.

Après, c’est plus la même…

Il y a le vent d’ouest, la traversa bassa ou l’Aubigot. Celui là, c’est le vent de l’océan, le vent qui mène de la pluie et qui alourdit les manches des habits.

C’est le vent des courants marins qui fait tourbillonner les gouttes de pluie et qui fait les petits ouragans. Il accompagne les orages et couche les blés comme des enfants malades. Ce vent là, on l’aime pas forcément, mais des fois on aimerait bien le voir venir du fond des Amériques pour reverdir un peu l’herbe des prés que son cousin du nord empêche de pousser. C’est le vent qui fait courir les paysans pour aller vite quiller les bottes avant que ça tombe comme des cordes.

Pourtant, ce vent on l’aime bien parce qu’il mène de la richesse et de l’abondance, comme tout ce qui vient d’Amérique et passe sur l’Aveyron, mais ce n’est pas non plus bien recommandé de le bénir le jour des rameaux même si quand il est doux on l’appelle le zéphyr.

Et puis il y a l’autre,

« lou vent »

Celui là, il vaut « rien de rien ». On l’appelle aussi l’Auster, le vent d’Autan ou encore le Marin. Il est mauvais pour la chasse, mauvais pour remuer les pommes de terre, il colle à la peau comme comme la glu des pièges sur les pattes des grives. On a beau se secouer, le vent nous rattrape et nous enveloppe comme le manteau d‘un pestiféré à la foire de Saint Laurent.

On dit qu’il peut souffler toute une semaine jusqu’à rendre fou celle ou celui qui fait trop cas du vent, d’ailleurs on dit qu’il enivre les grives et déboussole les perdrix. Ce n’est pas le meilleur vent pour réunir le conseil municipal.

C’est le vent de la bas, du midi, Lou ven del mièjour et quelque fois il fait des pluies de grenouilles. Il y en a qui disent que les têtards s’évaporent et sont retenus quelque temps dans les nuages, et retombent un jour en grenouilles.

Il y en a de partout, heureusement que les hommes grenouilles sont trop lourds pour s’évaporer et nous retomber sur le paletot.

D’autres fois, le vent aspire du sable du Sahara et le dépose dans les nuages, et patatras, un jour il plut tout rouge et ça esquinte tout, les arbres, les fraises et les voitures. Il n’y a que les abricots qui s’en tirent à bon compte à cause de leur couleur.

C’est le vent qui fait transpirer les femmes au mauvais moment, le vent rêvé pour les marchands d’eau de Cologne.

Après, il y a les vents qui se marient, comme lou Ven blanc qui sème doucement son souffle tiède du sud ouest, les pires où les meilleurs, ceux qui affolent complètement les girouettes qui ne savent plus trop où donner de la tête.

Mais les vents sont comme les marchands d’huile où les bergères de passage. C’est pas parce qu’on en marie deux bons que leur petit sera bon ; c’est pareil pour le vent.

A plus forte raison si on baptise le petit le jour des rameaux….

Mais le vent ça inspire  aussi quelque fois quand on veut parler d’amour ; c’est surement pour ça que les hommes ont inventé la rose des vents…

Lève-toi, aquilon! viens, autan! Soufflez sur mon jardin, et que les parfums s’en exhalent! -Que mon bien-aimé entre dans son jardin, et qu’il mange de ses fruits excellents! – J’entre dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée; Je cueille ma myrrhe avec mes aromates, Je mange mon rayon de miel avec mon miel, Je bois mon vin avec mon lait… -Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d’amour! – Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe qui repose entre mes seins. (Cantique des cantiques)

Juste pour dire que les jours les plus tristes sont ceux où il n’y  pas un brin de vent.

P.S : Merci à Gérard qui m’a soufflé quelques précisions sur les noms colorés des vents d’antan.

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